Les vannes commencent dès le générique lorsqu’on nous indique que le film a été fait – comme pour le premier d’ailleurs – par “beaucoup de gens”, nous rappelant légèrement les génériques délirants des Monty Python comme dans Sacré Graal. N’oublions pas non plus la banane-dauphin qui renverse la femme à la torche de Columbia Pictures.

On a toujours peur des suites – et à raison souvent -, mais celle-ci tient pleinement ses promesses. La relégation en deuxième partie du titre du “Tempête de boulettes géantes 2″ le prouve déjà éloquemment (renforcé en outre par l’arrivée de Chris Pearn à la réalisation pour seconder Cody Cameron) : ici, on est avant tout sur l’île des “Miam-Nimaux”, un gage de nouveauté et un antidote contre tout radotage et psittacisme donc ! Après un mini-résumé en accéléré du premier volet pour ceux qui l’auraient loupé, le film nous conte d’autres dérèglements de la machine à bouffe mise au point par l’inventeur malchanceux Flint Lockwood dans la Tempête de boulettes géantes 1. C’est l’occasion rêvée pour cette Ile des Miam-Nimaux de nous proposer un étonnant bestiaire peuplé d’incroyables créatures composites et insensées qui équivalent à autant de trouvailles poétiques d’une inventivité folle. Pensons notamment à ce propos aux gambabouins, flamangues, maki-moutons et autres cheddararaignées. Toute la poésie visuelle du dessin-animé peut librement se déployer à l’occasion du développement de ce bestiaire qui, entre hamburgers et makis, ne se montre dédaigneux d’aucun type de gastronomie et témoigne d’une ouverture d’esprit assurément bienvenue. Est laissée libre cours, également, à une liberté langagière tout aussi réjouissante et décomplexée, et qui n’est pas sans rappeler, par exemple, les publicités de 2 Minutes du Peuple pour “Oasis” avec des calembours aussi vaseux que “C’est pas de la tarte”, “Les desserts sont de vraies crèmes” ou encore “C’est pas des salades”.

Pour le reste, L’Ile… décline – il faut le dire – plutôt paresseusement des thématiques sur-exploitées dans ce genre de dessins-animés : que ce soit l’éloge des geeks et des marginaux, de la solidarité et du groupe, mais aussi le scepticisme à l’égard des soi-disants modèles – en l’occurrence ici le scientifique Chester à la tête en forme d’ampoule, grand héros de l’enfance de Flint et que celui-ci adule sans réserves. Va-t-il préférer suivre aveuglément Chester, ou bien rester fidèle à son groupe d’amis hétéroclite et assez redoutablement attachant – concédons-le ? Les Miam-Nimaux sont-ils des créatures vraiment si effrayantes ou suffit-il de les apprivoiser comme le Petit Prince le renard ?

Le dessin-animé de Cody Cameron et Kris Pearn, adapté du livre pour la jeunesse Il pleut des hamburgers écrit par Judi et Ron Barrett, fonctionne ainsi sur une intrigue relativement prévisible et lisse – y compris dans son histoire de romance entre le scientifique Flint et la miss météo Sam Sparks -, mais, pour l’univers surprenant qu’il parvient à installer, ainsi que pour la sidérante inventivité de ses Miam-Nimaux que ni Jacques Prévert ni les Surréalistes n’auraient sûrement dénié, L’Ile des Miam-Nimaux vaut largement le coup d’oeil, parvenant même à se hisser au rang du meilleur film d’animation sur la bouffe depuis Ratatouille de Brad Bird (2007).

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