Après notamment Oh Boy! de Jan Ole Gerster et Heimat – Chronique d’un rêve et L’exode d’Edgar Reitz l’année dernière, c’est maintenant au tour du Polonais Pawel Pawlikowski de nous montrer que le noir & blanc au cinéma n’est pas encore mort. Dans son troisième long-métrage de fiction, Ida, le noir et blanc s’avère simplement étincelant et éblouissant -pouvant nous rappeler aussi parfois Le Ruban Blanc de Michael Haneke (2009). Le travail de l’image – dont on remarquera qu’il est dû non pas à un mais à deux directeurs de la photo, à savoir Ryszard Lenczewski et Lukasz Zal – se démarque, en plus de ce somptueux noir et blanc, par une science aiguë du cadrage ou plutôt du dé-cadrage : les personnages n’occupent souvent qu’une partie réduite du cadre, rappelant, de manière significative, l’infinie grandeur de Dieu et l’infinie petitesse de l’homme. Par les choix de dé-cadrage fréquents, les personnages apparaissent effectivement souvent comme écrasés par un fardeau immense, par le poids de leur destin, de l’Histoire, du passé – en l’occurrence le passé des parents d’Ida qu’elle découvre comme étant juifs et qui resurgit brusquement dans sa vie, tout comme sa tante, qu’elle découvre pour la première fois.

Si la forme occupe donc une place centrale dans le film de Pawel Pawlikowski, Ida ne se réduit heureusement pas pour autant à un simple exercice de style esthétisant – et là résidait sûrement le danger… Le scénario, qui raconte un épisode de la vie d’une nonne sur le point de prononcer ses voeux mais qui avant découvre son identité, le passé de ses parents juifs décédés durant la seconde guerre mondiale, l’existence de sa tante, et l’amour dans un petit bar isolé où un charmant saxophoniste – qu’Ida et sa tante avaient auparavant pris en stop – joue du jazz et notamment “Naima” de John Coltrane. Dépourvu de bavardages inutiles, le scénario – écrit par Pawel Pawlikowski et Rebecca Lenkiewicz – se révèle très tenu et rigoureux, parcourus d’échos qui l’apparentent presque à une partition musicale. La remarque de la tante sur le caractère “masculin et sensuel” de l’instrument du saxophoniste Lis préfigure par exemple ainsi la mini historiette d’amour qui aura lieu entre Ida et le musicien. On ne remarque en fait aucun sur lignage ou forçage de sens, le film suit une ligne limpide et sans bavures à la manière de son héroïne et sa marche décidée à la fin. L’intrigue, aussi, permet de traiter de questions fortes: la foi, l’identité, le chemin à choisir. Quelle vie vivre et comment être sûr qu’il s’agit de la bonne ?

Enfin, Ida doit beaucoup à son actrice principale, Agata Trzebuchowska, apparemment repérée par hasard dans un café de Varsovie, et dont le film immortalise l’inoubliable et fragile beauté, l’éclat de ses prunelles sublimes, et son corps délicat.

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