Si on regarde l’œuvre cinématographique du réalisateur George Clooney on remarque que tous ses films ont une relation avec l’Histoire ou avec le passé. Son début magnifique, la farce Confessions d’un homme dangereux raconte la biographie (imaginaire ?) de l’animateur américain Chuck Barris qui, non seulement était inventeur des shows télévisés, mais également tueur à gages pour la CIA. Dans cette adaptation autobiographique peu crédible, Clooney met le développement de la télévision populaire et souvent dégradante en parallèle avec l’histoire sanglante de la CIA, et livre un film ludique et touchant. Sa deuxième œuvre, Good Night, and Good Luck, aborde à nouveau l’univers de la télévision. Cette fois Clooney montre comment une télévision responsable peut être possible, en se fondant sur le cas du journaliste d’Edward R. Murrow et sa diatribe publique contre le sénateur McCarthy et sa chasse affreuse aux communistes. Ce film, élégamment filmé en noir et blanc, parfois un peu long, traite l’histoire avec une exactitude presque scientifique. Le troisième film de Clooney, Jeux de dupes, portant sur une équipe de football américain dans les années 20, est un hommage peu réussi mais néanmoins charmant à la screw ball comedy classique.

Son nouveau film, The Monuments Men, aurait ainsi pu passer pour le point culminant du traitement des sujets historiques de George Clooney. En effet, les personnages eux-mêmes y sont préoccupés par l’histoire et sa transmission aux futures générations : vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement américain constitue une unité spéciale qui a comme vocation de préserver l’art et le patrimoine culturel européen de la destruction et du vol par les nazis. Frank Stokes (interprété par Clooney lui-même), historien de l’art, doit monter et diriger ce groupe. Dans une séquence de recrutement à la Ocean’s 11, il rassemble une illustre équipe d’architectes, de restaurateurs et d’historiens de l’art (entre autres Matt Damon, Bill Murray, John Goodman et Jean Dujardin) autour de soi et embarque pour l’Europe afin de retrouver et restaurer les trésors artistiques volés. Malheureusement, le film s’avère être un échec et presque totalement ennuyeux. Dès que l’équipe est arrivée en Europe, elle se sépare pour aller dans différentes directions. Les recherches ne sont pas racontées d’une manière intéressante et l’humour de “buddy movie” ne fonctionne presque jamais. C’est particulièrement dommage pour les bons acteurs dont la participation se trouve, dans ce contexte, totalement bradée.

Matt Damon;Cate Blanchett

Cela ne serait pas aussi grave si le film avait d’autres qualités. Par exemple, il aurait pu expliquer et démontrer en quoi une œuvre d’art peut valoir une, voire plusieurs, vies humaines, une valeur que le film semble présupposer comme acquise, mais sans approfondir en aucune manière. L’architecture et les œuvre d’art qui apparaissent dans le film n’importent pas vraiment et s’avèrent réductibles à de simples accessoires. Paris, par exemple, où se passe une majeure partie de l’action a été récréé et filmé en studio, dans les rues de Berlin et dans une ville en de l’ex-Allemagne de l’Est – et ça se voit ! Chaque Parisien et chaque Berlinois peut se rendre compte qu’il y a quelque chose de bizarre qui ne va pas avec ce Paris clooneyïen. Le film semble manquer d’un peu de philosophie, d’un discours qui aborde l’importance de l’art pour notre espèce et pourquoi il peut valoir la mort d’un être humain. Même si on n’est pas d’accord avec cette idée, ça aurait pu inciter le spectateur à réfléchir, ce qui n’est jamais mauvais ! En 1964, John Frankenheimer tourna un film d’un sujet similaire : dans Le train, un groupe de cheminots sabote un train rempli d’oeuvres d’art confisquées et l’empêchent de traverser la frontière franco-allemande. À la fin, les otages qui ont été attachés à la locomotive pour la protéger contre des bombardements ennemis sont allongés dans la boue à côté du train déraillé tout comme les caisses avec les peintures de fameux artistes. The Monuments Men est loin de ce pessimisme, mais également très loin de cette efficacité et de cette émotion – dommage.

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