03. 10. 13 (jeudi)

Ce soir, comme la veille – soirée d’ouverture du festival -, c’est le nouveau film d’Oskar Roehler qui est projeté. J’avais trouvé les Particules élémentaires du Monsieur assez moyennes sinon médiocres et si j’avais entendu parler de films de lui en général c’était (toujours) en mal. Néanmoins, je décide de m’y rendre, parce que c’est le film d’ouverture, et (surtout) parce que la présence de Moritz Bleibtreu, acteur allemand dont je suis (très) friand, est annoncée !

19h : Je rencontre la (très) charmante Maike Schantz, des « German Films », 1m96 de gentillesse inconditionnée et de délicatesse exacerbée, dont je tombe immédiatement… « amoureux » ? Oui, allez, osons le mot ; pourquoi pas ? Une Maike Schantz qui me remet avec un irrésistible sourire ma carte d’accrédité…Un moment durant, radieux, je plane… Mais je finis par me dire énergiquement : « Jetzt geht’s los (C’est parti) ! » et me réjouit de voir en chair et en os un de mes comédiens fétiches.

20h : Malheureusement, le père Bleibtreu a annulé sa venue à la dernière minute, et le film projeté est un sombre nanar, durant trois heures qui plus est… (lire notre critique ici) Triste soirée ? Non, j’ai rencontré Maike Schantz.

04.10.13 (vendredi)

17h : Pressé d’oublier le (mauvais) souvenir des Sources de vie de M. Oskar Roehler, ridicules de prétention, mal jouées, mal écrites, mal mises en scène et tout simplement – osons l’expression, en plus elle permet une rime avec « mal à jouées » – « nulles à chier » ; pressé donc – dis-je – de voir quelque chose qui serait quand même un tout petit peu mieux, je retourne à L’Arlequin et m’en vais voir le dernier-né du réalisateur cette année honoré, M. Thomas Arslan. Le film, sorti en juillet dernier, s’appelle Gold, et, ma foi, c’est vrai que le contraste avec le gros nanar d’Oskar est pour le moins frappant. Gold raconte l’histoire (méconnue) d’Allemands venus chercher de l’or aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle ; un post-western d’autant plus intéressant qu’au contraire des récents True Grit ou Django Unchained, il ne s’agit pas d’un remake, mais d’une histoire cette fois originale, inédite. Le film est sec, aride et brillant, avec pas un seul mot de trop, un récit excellemment mené et suivi sans détours, une mise en scène d’une imparable maestria – jamais de faux pas, et des hors-champs assurément poignants. Arslan, c’est vraiment l’antonyme le plus total de Roehler : jamais d’émotion facile, jamais de sur-lignage ou de surcharge, et au lieu de trop en montrer, il cache et suggère (cf utilisation très intelligente du hors-champ). Bref, je suis emballé par le film, pour moi sans doute un des meilleurs de l’année. Et Nina Hoss, l’envoûtante actrice principale – et déjà magnétique icône du Barbara de Christian Petzold (2012) n’y est sûrement pas pour rien, tellement elle porte de sa silhouette et de son regard marquant ce néo-western un peu « féministe » mine de rien (quand même l’histoire d’une femme qui survit dans un monde d’hommes), qui lui fait la part belle. J’en re-veux, et forme le projet de voir les autres films de Th. Arslan projetés pendant le festival, ainsi que de l’interviewer.

Le réalisateur Nico Sommer devant l'affiche de son film "Silvi"

Le réalisateur Nico Sommer devant l’affiche de son film “Silvi”

19h : Ca y est, j’ai déjà vu un film excellent, je suis content, je suis dans le bain, et je veux en voir d’autres, des films excellents ! C’est ainsi parti pour Silvi, premier long-métrage de Nico Sommer –  qui me fait l’honneur d’une petite discussion pour la projection ainsi que d’une mini-série de photos prises devant l’affiche de son bébé, et faites pour Sortie d’Usine. Au fait, son film, consacré à une libraire inspirée d’un personnage réel, qui se fait plaquer après plus de trente ans de vie commune par son mari – le seul homme qu’elle ait connu dans sa vie -, et cherche avec difficulté une suite heureuse à sa vie sentimentale, est excellent, à la fois bouleversant et revitalisant, rythmé par les belles chansons rétro de la populaire Gitte Haenning. L’actrice principale, surtout une actrice cantonnée à de seconds rôles à la télévision, est absolument éclatante ; et les scènes avec trois nouveaux prétendants, potentiels remplaçants de son mari, criantes de vérité – entre émotion, humour et cruauté. On regrette seulement que deux d’entre eux soient enclins à des jeux sados-masos – ce qui fait un petit peu « effet doublon » – mais, à part ça, petit joyau ; bravo Nico !

Denis Dercourt, Marie Bäumer, Mateo Coco, Jérémie Lemonnier et une traductrice

Denis Dercourt, Marie Bäumer, Mateo Coco, Jérémie Lemonnier et une traductrice

21h : « Jamais deux sans trois » dit le proverbe, et me voilà donc pour la troisième fois consécutive dans la grande salle numéro 1 de L’ Arlequin. Je commence à avoir un peu mal aux yeux, mais ce n’est pas grave – me dis-je – ça fait partie du jeu. Le film projeté à 21h est Zu deinem Geburtstag (Pour ton anniversaire), seul film du festival réalisé par un français, le Strasbourgeois mélomane Denis Dercourt – dont certains ont peut-être vu déjà La Tourneuse de pages par exemple (2007), avec Déborah François et Catherine Frot, ou encore Demain dès l’aube (2009) avec Vincent Perez et Jérémie Rénier. Nota Bene : La constante du réalisateur, également musicien et ancien professeur de musique au Conservatoire de Strasbourg, est qu’il y a de la musique, et plus précisément du piano dans chacun de ces films… Bon, à vrai dire, son Pour ton anniversaire est plutôt raté, n’arrivant pas à se décider entre relecture moderne de conte à la « Rumpelstilzchen », thriller, film fantastique dark et gothic ou parabole historique – apparemment la RDA a été évoquée dans le scénario à la demande des producteurs et pour rencontrer un plus large public. Cependant, on note quelques scènes assez envoûtantes, et des comédiens marquants, dont le stupéfiant, terrifiant et shakespearien Sylvester Groth ; et on apprécie le fait que le film renoue avec une tradition un peu boudée dans le cinéma d’aujourd’hui : celle, gothique et/ ou baroque, du conte et du merveilleux. Néanmoins, un certain hermétisme et une certaine froideur se dégagent de l’objet, venus d’un homme qui semble pourtant extrêmement chaleureux, enjoué – et bien plus bavard que ses camarades Matteo Coco (chef op.), Jérémie Lemonnier (compositeur) et Marie Bäumer (actrice) également présents au débat. Après le débat évoqué et un ciné-concert émouvant, joué par J. Lemonnier, et proposant une compilation de plusieurs extraits des films réalisés par D. Dercourt, je vois devant moi à quelques mètres seulement, Vincent Perez himself, en train d’enlacer affectueusement Dercourt et de le féliciter pour son film. Je me dis « Faut lui demander un truc, une interview, une dédicace, une photo », mais finalement le père Perez – acteur plein de panache et de bagout dans de nombreux films à costumes ou de cape et d’épée (Cyrano de Bergerac, Le Bossu, Fanfan la Tulipe version 2003) tristement absent des écrans (ou quasiment) ces derniers temps – le père Perez disparaît subitement… Mon grand regret du festival, de n’avoir « rien fait » sur ce coup-là. Aber Morgen ist ‘n neuer Tag (demain est un autre jour) …

05.10.13 (samedi)

14h : On croit déjà tout savoir par cœur sur l’Allemagne nazie et le traitement des juifs durant la seconde guerre mondiale, mais le film de Franziska Schlotterer propose autour de cette problématique un axe éminemment inédit et intéressant. Un fermier allemand incapable de donner un enfant à une femme avec laquelle il est tout de même marié depuis, déjà, plus de dix ans recueille un juif en danger (comme tous les juifs à l’époque en Allemagne…), dans sa ferme du Forêt-Noire, à une condition : que ce dernier lui donne un héritier. Sans lourdeurs à la Roehler (oh, tiens, ça rime presque!), le film se révèle bouleversant et magnifiquement interprété, notamment par Brigitte Hobmeier, alias Emma, la femme du fermier Fritz. La naissance du désir et de l’amour chez cette femme qui apprend en somme – avec le juif Albert – à se faire belle pour un homme, est mise en scène de manière simplement éblouissante. Peut-être le plus beau film du festival en compétition, malgré une structure un peu lourde et didactique – même si justifiée par une chute finale admirable – avec le fils de cette union qui vient trouver son père juif des années plus tard, en Israël…

Thomas Arslan et Gisela Rueb du Goethe-Institut de Paris, présentation de "A l'ombre"

Thomas Arslan et Gisela Rueb du Goethe-Institut de Paris, présentation de “À l’ombre”

16h : Projection de Im Schatten (À l’ombre, 2010), deuxième film de la rétrospective Thomas Arslan. Un film tout aussi sec, brillant, imparable et aussi dépourvu de tout effet de grossissement que le premier projeté, mais je trouve tout de même Gold encore plus abouti et puissant. Pendant le débat, Arslan parle entre autres des films noirs de Jacques Becker, Jean-Pierre Melville et Don Siegel – sources d’influences pour ce film –  et je sollicite à la fin du débat une interview le lendemain que, bonne nouvelle, j’obtiens !

18h : Projection d’un ensemble de courts-métrages réalisés dans différentes écoles de cinémas d’Allemagne (Berlin, Hambourg, Cologne, Stuttgart, Munich, Ludwigsburg, Cassel et Offenbach). L’ensemble est assez inégal, mais on apprécie la diversité du cocktail tant au niveau des genres (fiction, expérimental, semi-documentaire autour des beuveries et des discussions pleines de non-sense dans un bar de Berlin dans le quartier de Kreuzberg, ou « vrai » documentaire sur une partie de water-polo, et, notamment, une partie « animation » très inspirée) qu’au niveau des tonalités (humoristique, tragique, ironique, mélancolique, poétique, dépressif ou excentrique). Sont traités des sujets autant très contemporains (la mode de l’anorexie pour les mannequins, le marasme économique, les hypermarchés labyrinthiques, Facebook et son leurre des 1000 amis) qu’indémodables (les quiproquos amoureux, la solitude, ou l’alliance de deux ennemis devant un ennemi commun).

06.10.03 (dimanche)

16h : Projection de Der Schöne Tag (La belle journée, 2001), autre film de Thomas Arslan et très différent des autres que je connais déjà de lui, ce qui me rend le personnage encore plus intéressant et intrigant. Exit la conquête de l’or et les affaires de voyous, place ici au quotidien d’une jeune comédienne de 21 ans, Deniz, une allemande d’origine turque, passant des castings et vivant de doublage, en l’occurrence un personnage féminin de Conte d’été d’Eric Rohmer. Un peu ennuyeux dans son imitation un peu plate du style Rohmer et son collage de citations que le réalisateur lui-même désapprouve aujourd’hui, Der Schöne Tag n’en demeure pas moins un film intéressant, surtout dans sa manière – belle et poétique – de filmer cette capitale allemande que Thomas Arslan connaît si bien ; de parler du quotidien d’une comédienne de façon ni excessivement idéalisée ni excessivement noircie ; et enfin de traiter, en filigrane, de la question de l’intégration de la communauté turque en Allemagne (à travers, entre autres, une scène savoureuse avec Deniz et trois jeunes turcs qui s’improvisent ses gardes du corps). Le débat qui s’ensuit est marqué par une belle interaction entre le réalisateur-scénariste et le public, mais le grand gaillard aux habits colorés qui assure la traduction et se croit apparemment très intéressant a le don de m’irriter prodigieusement.

18h : A la place d’aller à la projection de Ferien d’Arslan – que j’ai déjà vu en août dernier en DVD – je propose à ce dernier de l’interviewer, ce qu’il accepte gentiment. Le personnage est attachant, et ressemble un peu à ses films et à ses personnages : humble, intègre, plutôt taiseux, relativement introverti et très simple – mais d’une simplicité pas du tout affectée. Je l’aime bien.

22h : J’avais l’intention de voir le documentaire Love Alien – sur, entre autres, la discrimination injuste des trentenaires obèses et célibataires, qui, apparemment était très bien (ne pas se fier au pitch qui peut, je le concède, faire facilement fuir) – mais on m’entraîne énergiquement voir le dernier Woody Allen… Bon, tant pis… Le dvd allemand du film sort apparemment bientôt ; je ne manquerai pas d’en faire part pour Sortie d’usine  !

07.10.13. (lundi)

22h : Je voulais voir encore un bon film en compétition pendant cette 18ème édition du Festival du cinéma allemand de Paris, c’est chose faite avec Invasion de Dino Tsintsadze, qui, au contraire de Pour ton anniversaire, arrive merveilleusement bien à être plusieurs choses à la fois (à la fois parabole, thriller, drame, satire et ovni), et, au contraire des Sources de la vie, réussit dans son évitement du réalisme et sa recherche persévérante d’un baroque enchanté… Je ne vais pas en raconter beaucoup plus, mais sachez qu’Invasion est un film tant haletant qu’intelligent, abordant avec perspicacité la question du rapport à l’altérité. Superbement écrit, superbement mis en scène, en images et en musique, le film est aussi porté par une épatante distribution, à commencer par le prussien Burghart Klaussner, l’inoubliable pasteur intransigeant du Ruban blanc de Michael Haneke (Autriche, 2009). « C’est un peu un remake de The Servant » me lance après la séance Alex, ouvreur pendant le Festival avec lequel j’ai sympathisé (il faudrait d’ailleurs que je prenne enfin connaissance de chef-d’oeuvre de Joseph Losey, écrit par Harold Pinter, et sorti en 1963).

24h : ça y est, c’est la fin. La clôture a lieu le lendemain, mais je ne pourrai revenir. Au revoir Thomas, au revoir Niko, au revoir Maike, je reviendrai ! Surtout pour toi, Maike…

Remerciements à “L’Arlequin”, Maike Schantz, Gisela Rueb et le Goethe Institut de Paris.

Soyez social, partagez !

Prenez le temps de lire aussi...