Il arrive parfois que les critiques soient dithyrambiques sans que l’on comprennent vraiment pourquoi. Partout l’on peut lire que Prisoners est un chef d’oeuvre, qu’il est un des candidats les plus sérieux pour les Oscars. La phrase “le meilleur thriller depuis Seven” fut de fait la principale cause de mon arrivée dans la salle obscure. Mais comme bien souvent, l’effet escompté est beaucoup moins important que prévu. Ne vous y méprenez pas, ce film n’est pas un mauvais film en soi. Non, par bien des aspects, le film est intéressant, principalement sauvé par des acteurs bluffants. Mais disons qu’il est très loin d’être aussi brillant que ce que l’on crie sur les toits. Quand l’on pense à des vrais thrillers qui ont marqué l’histoire du cinéma, oui Seven, Le Silence des Agneaux, ou encore Mystic River viennent en tête. Tous avaient ce petit quelque chose de nouveau, d’intéressant, et surtout, un scénario incroyablement travaillé et intelligent. Prisoners est assez fébrile sur ces deux points là, et c’est dommage.

Hugh Jackman dans Prisoners

La trame de fond, déjà, est d’un classique sans précédent : alors que la famille Doller est invitée à fêter Thanksgiving chez leurs voisins, Joy et Anna, les petites des deux familles en question, disparaissent. Tandis que la police patine après avoir libéré le principal suspect, le père d’Anna, Keller Doller, décide de le kidnapper afin de lui soutirer des informations sur les fillettes. Le fameux débat : faire justice soi-même ou laisser la police s’embourber au risque d’en perdre sa fille ? La loi de talion ou la loi ? Villeneuve cherche à nous faire véritablement douter sur une question dont la réponse nous semblait pourtant évidente…

Avec une photographie non sans rappeler par moment un certain Fincher et notamment son “Zodiac”, le film est relativement beau. Par intermittence. Une fois l’histoire installée, Villeneuve oublie ce qui l’entoure pour ne se concentrer que sur ses personnages, ce qui est bien dommage pour le directeur de la photo, le grand  Roger Deakins, qui est obligé de ranger ses armes. Le film commence par une succession de plans tous plus agréables les uns que les autres, avant de les faire disparaître petit à petit, pour les faire ressurgir très aléatoirement. Première incompréhension, justifiée par l’envie du réalisateur de construire deux personnages forts. Le premier, Keller Doller, père d’Anna, n’est rien d’autre qu’une enième allégorie de l’Amérique parano post 11 Septembre. Le personnage campé par un Hugh Jackman, impeccable dans le rôle, est froid, mais viscéralement humain. Quand il sera « obligé » de torturer ce pauvre gamin à moitié handicapé, interprété par Paul Dano, impressionant, on ressent la haine du personnage, la soif de vengeance, mais aussi le sceau de la culpabilité qui plane au dessus de lui tout le long. Comme cette Amérique qui s’en veut au fond de devoir avoir recours à Guantanamo et au « Patriot Act ». Mais cela n’empêche pas à Hugh Jackman, et au sénat américain de la même occasion, de continuer. Alors soit, on prend en pitié ce père perdu, qui en plus de devoir affronter une femme qui devient dépressive, un fils qui ne sait plus ou donner de la tête, des médias omniprésent, un inspecteur qui se pose de plus en plus de questions, se retrouve face à sa propre incapacité à « protéger les siens ». Mais l’avantage de ce personnage, est qu’il est créé par un réalisateur canadien, et que de fait, le regard se veut beaucoup moins admiratif que si un Yankee était à l’origine de l’ouvrage, et donc beaucoup plus humain. Face à lui se retrouve le personnage antonyme, l’inspecteur Loki. Si la presse s’émoustille devant Hugh Jackman, totalement déwolverinisé certes, elle oublie bien trop Jake Gyllenhaal. L’acteur livre une prestation dépourvue d’artifice. On est moins ému que par le père à la recherche de sa bambine, mais ce flic désabusé est pourtant beaucoup plus intéressant. Un jeu tout en sobriété comblé de tics légers afin de montrer l’importance qu’il accorde à l’affaire, avant de littéralement exploser. Vraiment, Jake est parfait, comme souvent.

Paul Dano et Jake Gyllenhaal dans Prisoners

Mais le superbe jeu des acteurs est gâché par un scénario très brouillon. En dehors du dénouement final, l’intégralité du film est vraiment très simple. Dans un souci de clarté, on devine bien trop facilement les éléments cruciaux de l’enquête. Ce manque de subtilité dérange vraiment, et gâche le plaisir de regarder un tel film. Le tout cumulé par quelques très bonnes brèches ouvertes, mais jamais exploités, et on se retrouve face à un film qui ne sait même pas exploiter ces propres qualités. On parle de labyrinthe, de serpents, et autres éléments, qui aurait pu être utilisés à très bon escient. Mais au final, l’accumulation d’indices inutilisés ne provoque qu’une certaine forme d’incompréhension. Pourquoi ces labyrinthes ? Pourquoi ces serpents ? On ne sait pas, et on ne saura pas vraiment. Villeneuve gratte en surface là où Fincher creusait en poussant sans cesse les limites de l’imaginaire humain dès Seven. Au final, le film ne surprend pas, n’arrive pas à suffisamment tenir en haleine, et la lenteur justifiée par un suspens qui se veut crescendo enlève l’adrénaline qu’elle est censée créer, provoquant à la place bâillements sur bâillements.

Au final, Prisoners se retrouve sauvé par une fin très bien signée, rafinée, sans tomber dans un pathos lourdingue à l’américaine, et surprend. Donc en soi, le film n’est pas mauvais. Les deux heures ne sont pas une torture, au contraire. Mais ne vous attendez pas au bijou cinématographique dont l’intégralité de la presse parle.

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  • Brunet

    Non, mais juste non là en fait. SI, le film est un authentique chef-d’œuvre. Ce film a tout, et surtout “tout” de plus que les autres de son genre sortis depuis, allez, 10 ans au moins.

  • Mr Spoiler

    Pour éviter les spoiler, je te dirais juste que je trouve ta critique un peu trop virulente. Je n’ai absolument rien trouvé à redire à ce film. Du début à le fin j’étais immergé dedans.

    Et pour en revenir à “Pourquoi ces labyrinthes ? Pourquoi ces serpents ?”, tout est dans le film et on comprend facilement d’où ils viennent 😉 Je n’en dis pas plus pour ceux qui voudraient voir le film… Foncez en salle !

  • Djay

    Quelle critique mièvre. Tu dis vraiment n’importe quoi, ce film est une bombe et les gens ne s’y trompent pas. Et tu ne tromperas personne. 8.1 imdb. A+ re retourne voir tes navets on te les laisse :)

    Cordialement

  • Valéry Beaussac

    En fait le pourquoi des labyrinthes, on ne le comprend pas vraiment dans le film. Car beaucoup d’indices sont donnés de façon implicite, voir artificielle : on ne comprend pas la fascination des labyrinthes du premier tueur, celui des années 70/80…

  • Valéry Beaussac

    Le seuls regrets pour moi, c’est que l’attitude des “amis” des parents évolue avec la situation…
    Et sauf erreur, on ne comprend pas vraiment la raison du suicide du policier dans le passé (je ne précise pas, pour éviter un peu les spoilers !).

  • Valéry Beaussac

    Film énorme. Avec peu de défauts. L’ambiance est délicieusement malsaine. Seul petit hic, un peu de mièvrerie au début… Les indices nous sont distillés avec parcimonie, et on avance en même temps que l’enquêteur, qui est opiniâtre ! Le face à face entre le policier et le père est plutôt prenant et habile. La mère a un rôle anecdotique. Les dialogues sont bons, avec quelques phrases-clés.