En 30 ans et 16 films, Joel et Ethan Coen sont devenus nécessaires au cinéma américain. Membres discrets du gang des cinéastes les plus appréciés, les deux frères ne déçoivent jamais (ou presque). L’hétérogénéité de leur filmographie est un exemple, une leçon de cinéma. De la comédie pure avec The Big Lebowski ou Burn After Reading, à des polars tels que Fargo ou No Country For Old Men, en passant par le film noir (Sang pour Sang; The Barber), la comédie dramatique (A Serious Man) ou encore le western (True Grit), les cinéastes cherchent toujours à explorer les quelques terres qui leur sont encore inconnues. En s’attaquant à un pseudo biopic basé sur la musique, sur trame dramatique, ils reviennent cette année avec Inside Llewyn Davis dont nous reparlerons très prochainement. L’occasion pour la cinémathèque de faire un petit bilan à travers une rétrospective très complète.

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L’autre particularité de leurs filmographie réside dans leur indépendance. Un pied dans les grands studios, ils réussissent néanmoins à garder leur esthétique si singulière et à ne faire que très peu de sacrifices. Oui, certains de leurs films sont bien en deça de ce à quoi les Coen nous ont habitués (Le Grand Saut, Intolérable Cruauté), il n’en reste pas moins des petites perles jouissives d’originalité scénaristique. Il est commun d’admettre que Joel et Ethan sont d’incroyables cinéastes multi-tâche (réalisateurs-scénaristes-metteurs en scène-monteurs), créant l’évènement à chaque sortie. Leur style si particulier (réécriture d’un genre, avec des dialogues toujours méticuleusement précis, très généralement englobés dans un humour noir, aux visuels sublimes) est devenue une marque de fabrique, une empreinte reconnaissable parmi tant. Mais si l’on rit souvent, le cynisme omniprésent met parfois mal à l’aise. Le personnage est souvent un échec, un être antipathique qui ne connaitra pas le succès escompté quel que soit l’enjeu. Cette caractéristique semble être le moteur cinématographique de ces deux monstres qui privilégient ceux qui sont dans la difficulté plutôt que le simple héros auquel tout réussi. Car l’utopique protagoniste qui maitrise parfaitement tous les attraits de sa vie, et qui finit heureux pour toujours n’a aucun intérêt. D’ailleurs, rien n’est parfait dans le cinéma Coenien. Et c’est bien ce qui fait son charme. Nul happy ending ou dialogue mielleux, sirupeux, dégoulinant de bons sentiments. L’individualisme serait plutôt l’aspect principal de ces conversations, se rapprochant ainsi plus du monologue confiné qu’à l’échange. Oui, la présentation de l’être humain par les frères Coen est sombre. Mais le tout est agrémenté d’un humour singulier, entre humour noir et humour juif, archi présent dans leur filmographie, rendant l’ensemble moins lourd, bien plus supportable et dédramatisant cette vive critique de la situation humaine. Car au fond, qu’est-ce que le cinéma des frères Coen si ce n’est un bref aperçu de notre humanité dans ce qu’il y a de plus profond.

Américain en surface mais ashkénaze en profondeur, les films des frères Coen présentent un mélange acerbe de comédie absurde et de tragédie grecque. A découvrir ou à redécouvrir jusqu’au 27 Octobre à la Cinémathèque Française.

Si vous ne connaissez aucun de leurs films, 5 incontournables:

Fargo, 1995, palme d’or (diffusé le Mercredi 2/10 à 20h et le Samedi 12/10 à 17h30)

The Big Lebowski, 1997 (diffusé le Vendredi 11/10 à 21h30 et le Vendredi 25/10 à 21h30)

No Country For Old Men, 2006 (diffusé le Dimanche 6/10 2&h30 et le 27/10 à 14h30)

Burn After Reading, 2007 (diffusé le Samedi 19/10 à 19h15 et le Dimanche 27/10 à 21h15)

True Grit, 2010 (diffusé le Samedi 19/10 à 15h et le Samedi 26/10 à 21h30)

'Inside Llewyn Davis' Press Conference - The 66th Annual Cannes Film FestivalEt ne ratez pas en avant première la diffusion de leur nouveau film, Inside Llewyn Davis, présenté à Cannes, en présence des réalisateurs le Mercredi 16 Octobre à 20h.

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  • Matthias Turcaud

    Attention, ils n’ont pas reçu la Palme d’Or pour “Fargo”, ils l’ont reçue pour “Barton Fink”. “Fargo” c’était le prix de la mise en scène – comme pour “The Barber” d’ailleurs.
    Sinon, je viens de voir qu’ils vont faire une série de “Fargo” : www.lefigaro.fr/culture/2013/08/06/03004-20130806ARTFIG00328-les-freres-coen-adaptent-fargoen-serie.php