On rattrape son retard cinéphile de l’été avec une jolie pépite indie : It Felt Like Love d’Eliza Hittman, présenté en janvier au festival Sundance et sorti en France le mois dernier. Encore trois séances à Paris au cinéma Le Brady (10e arrondissement) pour ce récit initiatique touchant et pas barbant.

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Brooklyn l’été. Chaleur et langueur vont de paire pour Lila qui, du haut de ses 14 ans, s’ennuie plus qu’un personnage de Coppola fille. Ado-enfant, elle attend que le temps passe avec Chiara, qu’elle suit comme son ombre, et parlent des garçons, inévitablement. C’est de leur âge. Mais si la jolie, bronzée, sexy, et rayonnante Chiara semble heureuse avec son copain — qu’importe son nom, pourvu qu’il existe —, l’anonyme Lila, ce visage pâle écran total 50, est bien seule dans son Speedo 1 pièce.  Parce qu’elle admire et envie son amie et surtout parce que, elle aussi, a droit au « bonheur », Lila va commencer à s’inventer des histoires. D’un beau gosse tatoué croisé sur la plage, elle va créer un mirage. Ruses enfantines pour le revoir et drague un peu gauche qui ricochent sur un bloc de pierre neurasthénique, et un silence qu’elle entend comme un oui. Cette idylle romancée et un peu crasseuse, elle y croit tellement qu’elle s’y retrouve au piège.

Bien loin des nymphettes fleur bleue de Sofia Coppola, Eliza Hittman dépeint avec un réalisme désarmant des ados qui s’ennuient et qui grandissent tous seuls dans la jungle urbaine. Le rythme saccadé de plans lents et immobiles s’enchaînant avant même d’avoir touché leur but — s’ils en ont seulement un — supplantent le dialogue et expriment avec beaucoup plus de force leurs errances, et leur aveuglement. Mais que ne l’on s’y méprenne pas. Si on parle crûment, si on traîne, surtout on s’explore. Ces gamins ne sont pas plus perdus que s’ils vivaient à Manhattan. Ils sont juste complètement paumés entre l’enfance dans laquelle ils ont encore les pieds, et le monde des grown ups, où l’on se fait respecter et admirer, mais où il faut aussi assumer ses responsabilités et savoir discerner les choses. Cela passe bien évidemment par l’éveil sexuel, où Lila doit faire la différence entre séduction et objet sexuel.

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Contrepied donc que prend la réalisatrice en traitant de manière originale, aussi bien au niveau du scénario que de l’image, un sujet somme toute banal, se démarquant des Virgin Suicides et autres Kids — ce qui est en soi plutôt malin. Et si l’on ne ressort ni choqué, ni grisé par une mélancolie solaire chauffée aux plans surexposés, on n’en demeure pas moins marqué par cette gamine anodine et anonyme, et on se dit que ça aurait pu être nous. Somehow, it felt like life.

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