Tout commence par un enlèvement de nuit. Brad est tiré de son lit, menotté et jeté au fond d’une camionnette sous les yeux de sa mère en pleurs mais consentante : il ne le sait pas encore, mais il est en route pour Coldwater. Coldwater c’est un centre fictif de réhabilitation de mineurs et c’est aussi le premier long-métrage réalisé par Vincent Grashaw.

Le spectateur ne pourra plus détourner les yeux de l’écran durant les 100 minutes restantes : la puissance, l’intensité du sujet choisi par Grashaw – l’abus de pouvoir dans ces centres privatisés – est dépeinte avec une maîtrise totale des codes cinématographiques. Dans son entretien avec nos rédacteurs, le réalisateur indique ne pas avoir voulu “faire un film politique, sermonneur”. Il adopte donc les codes du thriller : le suspens monte peu à peu pour exploser dans les scènes finales. Mais le fond reste véridique : les jeunes dans ces camps ont encore moins de droits que les prisonniers et la gestion de ces camps est d’une opacité rare. Aucune instance de contrôle, pas de lois régissant leur fonctionnement et un chiffre de morts inconnu…

La caméra de Grashaw réussit à capturer la violence sourde de ce camp, en plus de la violence physique que subissent les “recrues”. Si le réalisateur revendique le droit de dépeindre cette dernière, il ne cherche pas pour autant à transformer son film en défilé d’atrocités : elle apparaît par à-coups, dans des plans simples et épurés. Elle n’est pas glorifiée mais n’est pas évacuée non plus : Vincent Grashaw pose dessus un regard froid, le regard de celui qui a passé dix ans à faire des recherches sur le sujet.

P.J. Boudousqué dans "Coldwater" de Vincent Grashaw (2013)

Le jeu d’acteur est sublime : P.J. Boudousqué, qui joue le rôle de Brad, est la réelle révélation du film. Premier rôle, sans formation, sans expérience précédente, il offre une performance d’une justesse surprenante, qui dialogue parfaitement avec le jeu des autres acteurs, avec à leur tête James C. Burns (que les amateurs de jeu vidéo reconnaitront comme étant la voix de Frank Woods dans Call of Duty).

Coldwater réunit beauté plastique envoutante et sujet hypnotique qui nous plonge dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine : la violence côtoie la survie, l’espoir danse corps à corps avec la mort et le spectateur ne peut que regarder – fasciné et impuissant. Coup de cœur.

Soyez social, partagez !

Prenez le temps de lire aussi...