Wakolda, Borgman, Nebraska, Jeune & Jolie, Cérémonie de Clôture & Zulu

Sortie d’Usine revient. Pour l’occasion, nous nous sommes intéressés à l’événement cinéma de tout mois de mai qui se respecte : le Festival de Cannes. Palliant à la frustration de certains rédacteurs restés à leur bureau, Sortie d’Usine s’est recentré sur ce que l’on fait de mieux : l’actualité parisienne. Et en ce très gris mois de mai, il n’y a pas que la pluie cannoise qui a fait le déplacement jusqu’à la capitale – certains films ont pointé le bout de leur nez, le temps d’une projection. Outre les quatre films cannois déjà en salles (Gatsby le MagnifiqueLe PasséOnly God ForgivesLa Grande Belleza) d’autres oeuvres de la Sélection Officielle – en compétition ou en sélections parallèles – ont été projetées bien avant leur date de sortie automnale dans le cadre du festival “Cannes à Paris”, organisé par le quotidien Le Monde, les cinémas Gaumont Pathé et le Festival de Cannes. En trois jours, seize films ont ainsi fait le voyage Cannes-Paris. Récit en trois parties.

Florencia Bado dans "Wakolda" de Lucía Puenzo

Wakolda
Lucía Puenzo
Un Certain Regard

Dans ce drame historique, la réalisatrice nous plonge dans l’Argentine profonde des années soixante : une famille traverse le pays pour aller ré-ouvrir l’ancien hôtel des grands-parents. Un mystérieux homme, médecin d’origine allemande les suit et s’insère petit à petit dans leur vie quotidienne. Mais qui est vraiment cet homme ? Le film, à la photographie somptueuse et aux décors aux airs de The Shinning nous plonge efficacement dans la descente aux enfers que va connaître cette famille. Chapeau bas à la réalisatrice qui utilise parfaitement les codes du film d’horreur en les appliquant à une histoire qui pourrait commencer par un “d’après des faits réels”. Poignant et terrifiant de réalité historique.

En salles le 6 novembre

Jan Bijvoet, Hadewych Minis et Jeroen Perceval dans "Borgman" d'Alex van Warmerdam

Borgman
Alex van Warmerdam
En compétition

Cette fable venue tout droit des Pays-Bas nous plonge dans le quotidien d’une famille aisée dont la routine abrutissante va être soudainement interrompue par l’arrivée de Borgman. Mais qui est vraiment Borgman, ce monsieur à barbe que l’on découvre vivant dans un terrier ? Démon, esprit maléfique, divinité déguisée ? Une chose est sûre : la société (représentée par les “chasseurs” de ce lutin de la forêt dans l’ouverture du film) semble vouloir nous le faire oublier – il était temps pour lui de revenir et d’intervenir. Critique acerbe de notre monde dénué de principes et d’humanisme, ce conte pour adultes réussi mêle avec subtilité humour et satire, créant des personnages hauts en couleurs malgré leurs maisons lisses et bien propres.

En salles le 20 novembre

Bruce Dern et Will Forte dans "Nebraska" d'Alexander Payne

Nebraska
Alexander Payne
En compétition – Prix d’interprétation masculine pour Bruce Dern

Nebraska divise. Ce film, où l’on retrouve des visages familiers des séries U.S., semble être le dernier-né de la mode des “films de vieux”. Avec beaucoup de tendresse (parfois un peu trop), de l’humour (pas toujours réussi), Alexander Payne embarque ce duo père-fils dans un road-trip à travers le pays pour récupérer une somme d’un million de dollars hypothétiquement gagnée… La performance de Bruce Dern et du reste du cast est touchante et sincère (mais cela suffit-il à justifier un Prix d’interprétation masculine ?) mais le film pâtit de sa longueur et du choix du noir et blanc qui n’apparaît pas justifié.

Pas de date de sortie en salles en France annoncée

Marine Vacth dans "Jeune & Jolie" de François Ozon

Jeune & Jolie
François Ozon
En compétition

Que dire du dernier-né de François Ozon ? Avec un film tous les ans (ou deux) Ozon possède à 45 ans une filmographie d’une taille respectable. Mais ces délais courts et la multiplication des films offrent d’autant plus d’opportunités de se planter. C’est malheureusement le cas de Jeune & Jolie. Le film entier repose sur la beauté -certes remarquable- de son actrice principale, mais reste dénué de substance. Isabelle, issue d’une famille aisée, a une première expérience sexuelle lamentable sur le bord d’une plage pendant ses vacances d’été et décide à la rentrée d’en faire commerce. On suit donc la jeune fille dans ses rendez-vous avec des clients, des chambres d’hôtels aux voitures, où elle amasse à chaque fois les coupures vertes. Tout bascule lorsqu’un de ses clients lui reste entre les… cuisses et que sa famille découvre la vérité. Palme du cliché et des dialogues les plus ridicules pour la scène de confrontation avec sa mère (une hystérique, oh surprise) et celle où Isabelle lance des piques séductrices à son beau-père (inceste planant…) Seule à sortir du lot, Charlotte Rampling, mais dont l’apparition tardive ne permet pas de sauver le film : son personnage est le seul à dégager un réel sentiment palpable auquel le spectateur peut s’identifier : elle est la raison pour laquelle on ressort de la salle sans avoir complètement l’impression d’avoir perdu son temps…

En salles le 21 août

Audrey Tautou et Steven Spielberg durant la Cérémonie de Clôture du Festival de Cannes 2013

Cérémonie de Clôture
présentée par Audrey Tautou, avec Steven Spielberg – président du Jury

Audrey Tautou était charmante, avec même une pique humoristique réussie sur le vol des bijoux Chopard, Spielberg a rappelé l’importance de l’exception culturelle et les présentateurs des différents prix furent hauts en couleurs : mention spéciale à Asia Argento et Rossy De Palma pour leur aura excentrique et festive.

Palmarés
Palme d’Or La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (avec une mention spéciale pour les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos)
Grand Prix Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen
Prix d’interprétation masculine Bruce Dern, dans Nebraska
Prix d’interprétation féminine Bérénice Bejo, dans Le Passé
Prix de la mise en scène Amat Escalante, pour Heli
Prix du scénario Jia Zhang-Ke, pour A Touch of Sin
Prix du jury Like Father, Like Son d’Hirokazu Kore-Eda
Palme d’Or du court métrage Safe, de Byoung-gon Moon
Prix du jury du court métrage Whale Valley, de Gudmundur Arnar Gudmundsson
37°4 S, d’Adriano Valerio
Caméra d’or Ilo Ilo, d’Anthony Chen

Orlando Bloom et Forest Whitaker dans "Zulu" de Jérôme Salle

Zulu
Jérôme Salle
Hors compétition (film de clôture)

À première vue Zulu a tout pour plaire : un casting reconnu (l’Oscarisé Forest Whitaker et le très prisé Orlando Bloom), des paysages sublimes (l’Afrique du Sud et ses contrastes) et un scénario à couper le souffle. Oui mais en fait non. Les deux acteurs se confirment un peu plus dans leur déclin, comme leurs personnages, ils regardent leur carrière leur filer entre les doigts : la prestation décrite par certains comme bouleversante d’Orlando Bloom est loin d’impressionner, tellement l’acteur semble cabotiner et les tentatives du duo de maîtriser l’accent Sud-Africain se concluent par un échec fracassant et un perpétuel retour à l’anglais. Surtout, Jérôme Salle, dont la mise-en-scène se remarque surtout par sa transparence (elle ne gêne pas sans pour autant impressionner) a commis la grave erreur d’écrire le scénario. On sent le français traduit en anglais, les dialogues lourds, les “fuck” rajoutés sans raison pour “faire plus flic”… On ne s’ennuie pas, mais on en ressort avec la très nette impression que le film à raté l’occasion d’aller vers un bien meilleur résultat final.

En salles le 6 novembre

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  • Matthias Turcaud

    Elle etait par contre tres cruche, Audrey Tautou, je trouve.