Avec deux géants du cinéma et du théâtre français, et un scénario développé en atelier à la Fémis, on était en droit de s’attendre à quelque chose de potable. Mais force est de constater qu’on se trouve avec cette Fleur de l’âge face à un produit vraiment mineur, que l’on pourrait éventuellement regarder lors d’une rediffusion sur TF1 un soir de grande pluie mais pour lequel on devrait se dispenser de payer 10 euros 70 à l’UGC du coin.

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Certes, c’est toujours un bonheur de retrouver le grand Marielle et son inimitable voix de fût de chêne dont on ne se lassera décidément jamais, mais il faut dire qu’avec cette énième prestation de vieillard irritable on peine à être réellement satisfait … Pareil pour Arditi qui fait son Arditi, en vieux Dom Juan qui se remet en question à l’orée de la retraite. Quant au troisième larron, une Julie Ferrier toute en sourire et fantaisie tiédasse, elle peine à vraiment convaincre dans le rôle d’une femme de ménage slovène dont elle imite avec vain effort le supposé accent.

Certes, il y avait dans tout cela un certain potentiel, et quelques brèves petites étincelles émaillent effectivement le film ça et là : par exemple lorsque Julie Ferrier caresse délicatement les longs cheveux blancs du grand Marielle lors d’un plan resserré d’une sensualité notable ; ou la scène lors de laquelle Arditi rapproche un melon de son coeur car Ferrier lui a fait croire que c’est ainsi qu’on s’assure s’ils sont mûrs ou non.

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Mais le problème avec la fantaisie de ce film est qu’elle paraît apposée de manière trop factice et superficielle. Le scénario, pourtant travaillé comme évoqué lors d’un atelier à la Fémis, mélange trop différents fils narratifs sans étayer chacun à sa juste valeur : le personnage du mari de Ferrier alias Zana – qui fait de la contrebande de chaussures – est traité avec trop de désinvolture ; tout comme d’ailleurs les rivalités télévisuelles d’Arditi -Dassonville et des jeunes loups du métier qui maîtrisent parfaitement la langue anglaise et écoutent du rap à haut volume dans leurs bagnoles de luxe. L’histoire d’amour-d’amitié qui se tisse entre la femme de ménage et ces deux vieillards fait sourire, mais à peine plus – elle est en tout cas loin d’émouvoir véritablement. On a l’impression que, quels que soient les sujets abordés, l’ensemble est empaqueté dans un grand papier rose bonbon. En bref tout est trop lisse, trop mignon, trop sage ; les sujets qui fâchent semblent tous consciencieusement mis à l’écart et l’on oublie très (trop) facilement l’ensemble. La légèreté est évidemment louable, mais elle n’est définitivement pas donnée à tout le monde, et elle ne se fabrique pas.

C’est dommage, car Marielle m’inspire toujours la plus profonde admiration et le plus profond respect ; mais le voir ici dans le besoin, gâteux et se chiant littéralement dessus n’était peut-être pas non plus la meilleure manière de le mettre en valeur, quoique Marielle ait ainsi pu prouver encore une fois son fantastique sens de l’auto-dérision. De toute façon, quoiqu’il fasse – même participer au déchet que constitue les Seigneurs, on l’excuse. Car c’est un Maître, un vrai, bien qu’il persiste à prétendre qu’il se contente de faire “n’importe quoi”.

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