Marvel entame sa « Phase 2 » avec ce troisième opus tant attendu des aventures du charismatique super-héros incarné par Robert Downey Jr. : Iron Man 3. L’homme de fer est confronté cette fois à l’ennemi qu’il a toujours combattu dans les bandes-dessinées et qui n’était toujours pas apparu à l’écran: le Mandarin. Ce terroriste attaque de manière spectaculaire et répétée les Etats-Unis, commentant ses attentats de bonnes vieilles leçons de morales anti-occidentales. Et forcément, notre héros fait tout pour arrêter cet homme, malgré le fait qu’il soit considérablement affaibli par ses attaques…

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Quand on a vu que Shane Black (scénariste talentueux de l’Arme Fatale 1 & 2) tenait les rênes du projet, on s’attendait à un cocktail d’humour et d’action comme il a toujours très bien su nous en servir. Ajoutez à cela la présence de Robert Downey Jr. (qu’il avait déjà dirigé dans Kiss kiss Bang Bang), à l’humour particulièrement en phase avec celui du réalisateur, on espérait vraiment passer un bon moment. Finalement, on s’en veut terriblement d’avoir « espéré », de « s’être attendu », car la chute a été d’autant plus dure. Autant dire qu’au prix du ticket 3D (fardeau inévitable aujourd’hui pour n’importe quel blockbuster hollywoodien), on sort de la séance avec un arrière-goût particulièrement amer.

Commençons par les qualités (ou plutôt les moindres défauts) : en effet, c’est le plus rapide. Robert Downey Jr. est toujours aussi cynique, et maintient son numéro de charme à son niveau habituel. Ben Kingsley est particulièrement étonnant, en particulier grâce à une pirouette scénaristique qui rend son personnage d’autant plus surprenant et savoureux. Seuls eux deux se démarquent réellement (et nous procurent nos rares moments de divertissement), parce qu’en ce qui concerne le jeu d’acteur, le reste de l’équipe bat de l’aile. Gwyneth Paltrow remplit scolairement son contrat de demoiselle (sexy) en détresse ; Don Cheadle est clairement là pour respecter les quotas de présence de noirs américains à l’écran (sa présence étant d’une utilité plus que discutable), et l’interprétation de Guy Pearce frise souvent le ridicule. Du point de vue visuel, on est dans la lignée des mises en scènes plates et efficaces que nous sert l’industrie Marvel depuis quelques années : notre attention n’est clairement mobilisée par l’aspect visuel, dépourvu de toute sensibilité.

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Mais venons-en au fait. Car le vrai problème avec Iron Man 3, ne le cachons pas, c’est son scénario. Un comble, alors que le réalisateur est un scénariste de formation ! Il s’agit là de l’exemple type du « film écrit sur une boîte de pizza ». Je m’explique : c’est un paradigme cinématographique qui englobe une certaine quantité de films bâclés scénaristiquement, et dont la fainéantise artistique est telle qu’elle se fait ressentir de manière claire et précise à l’écran. En fait, concrètement, le « film écrit sur une boîte de pizza » est reconnaissable à sa structure en deux temps (que suit clairement Iron Man 3) : la première partie du film cherche à définir une histoire complexe, où les rebondissements sont nombreux, où le héros est confronté à des difficultés de taille et où l’intrigue se dévoile peu à peu en empruntant des chemins tortueux ; tandis que la deuxième partie, elle, voit le héros (comme le scénariste) arrêter brutalement de réfléchir, et massacrer tous les méchants dans un final explosif. Die Hard 5 rentrait totalement dans cette catégorie, et Iron Man 3 en prend fièrement la relève.

Toutefois, la pauvreté d’Iron Man 3 ne se cloisonne pas aux simples bornes de notre paradigme ! La fameuse première partie du film tente de dessiner une psychologie du personnage de Tony Stark à la manière de celle de Bruce Wayne dans la trilogie de Christopher Nolan, à savoir celle du super-héros qui découvre ses limites. Seulement, la complexité du personnage de Batman laisse place ici à une psychologie de comptoir faite de crises d’angoisses (auxquelles Robert Downey Jr. ne croit pas lui-même) et de sentimentalisme digne d’un roman Harlequin, qui s’étale en longueur et s’achève en un final guimauve romantico-moralisateur (qu’on ne développera pas pour éviter tout spoiler). À cela s’ajoute une vision américano-centrée des enjeux mondiaux, remplies de simplismes et d’amalgames affligeants, la palme revenant au méchant, qui, rappelons-le, s’appelle le Mandarin, mais qui a la tête d’un Pakistanais, proférant des menaces teintées d’un islamisme évident (notamment via le sigle qui apparaît sur les piratages télévisuels du terroriste), interprété par un acteur britannique… God save America !

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En conclusion, notre seule interprétation du ratage que constitue Iron Man 3 reste notre cher paradigme : Shane Black nous fait clairement sentir que, au milieu de la rédaction de son script, il s’est dit « oh et puis après tout, pourquoi se casser la tête ? On se fera du fric quand même ! ». Les chiffres lui donneront certainement raison, mais à force de prendre les spectateurs pour des abrutis, l’industrie hollywoodienne pourrait bien avoir des surprises…

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  • Pierre

    La dernière remarque pousse la réflexion bien plus loin. Doit-on blâmer les réalisateurs et scénaristes ou est-ce le public le premier responsable de cette débacle cinématographique? Encore une fois, ne jettons peut être pas l’opprobe sur les “acteurs” de l’industrie du cinéma, qui ne se sont là que pour faire du business, si au final la société n’en n’attend pas plus… je dirais même plus pour te reprendre: ” l’industrie hollywoodienne pourrait bien avoir de BONNES surprises…!”

  • Boulard

    Pas mal cette critique, je trouve que ca parle bien du film, j aime beaucoup ton ecriture, tu fais quoi dans la vie?