Après le sombre, horrifique mais néanmoins très bon La piel que habito, Almodóvar renoue ici avec ses premières passions cinématographiques : la comédie kitsch et déjantée/dérangée ! Pour le meilleur ? Pourquoi pas… Les éléments constitutifs d’une comédie bien divertissante sont présents, mais l’on peine à pleinement adhérer à ce parti-pris décidément daté et quasi-répétitif d’un film sous-tendu par deux pulsions toutes freudiennes : le sexe et la mort. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, rien de moins certes, mais presque rien de plus cependant.

LES+AMANTS+PASSAGERS+PHOTO3Le film commence sur une surprise en forme d’hommage : Antonio Banderas et Pénélope Cruz, les muses du réalisateur, pour la première fois réunis à l’écran dans ce qui apparaît comme le déclencheur de l’histoire. Fausse intrigue amoureuse qui méprend le spectateur pour mieux l’aider à s’envoyer en l’air ? Certainement, mais bien vite, on comprend que l’erreur technique va enflammer l’action, déclencher les passions. Mis au courant, les deux pilotes et les trois stewards, tous de gays lurons, décident de droguer les passagers de la classe éco pour ne pas provoquer de panique générale : le terrain du film sera donc ultra-réduit, tout comme l’intrigue ! Une cabine de pilotage, un office de service, et le confort d’une classe business suffisent à développer une intrigue chorale autour des angoisses, des amours et des confessions de passagers aussi mystérieux que débridés.

La pauvreté du pitch est rattrapée par des personnages hauts en couleur, personnifications presque caricaturales des vicissitudes de l’esprit humain : voyante gentiment beauf mais toujours vierge, une messaline impénitente tendance sado-maso, un financier pourri, un vieux beau rattrapé par ses conquêtes, un équipage pervers et porté sur la boisson… On retrouve le ton kitschissime des films queer, récents ou non, type La cage aux folles voire Huit Femmes, où alcool et drogue servent de libérateur de névroses, d’exutoire de non-dits. Les couleurs sont criardes et les faux-semblants tombent à la suite sur fond de décors et réalisation volontairement rétros. Il s’en dégage une impression de parenthèse loufoque et cathartique en hommage à la libération sexuelle des années post-franquistes, si chères au réalisateur phare de la Movida. Dans cette perspective, l’avion qui tourne en rond sans pouvoir vraiment atterrir résonne comme une métaphore pour l’Espagne en perdition, incapable de revenir sur les rails de la bonne santé économique : intéressante incursion d’un message d’actualité dans un film qui semble à mille lieues des préoccupations socio-économiques de notre temps.

les-amants-passagers_galleryphoto_paysage_stdAu-delà de l’évidente tension entre le Thanatos et l’Eros qui se dégage du film, certes très récurrente dans l’oeuvre d’Almodovar, on peut sembler surpris par la volonté contre-moralisatrice du film. Le point de divergence le plus certain dont peut souffrir le film réside dans l’accent communautaire quelque peu dérangeant qu’il sue dans chaque scène. Certes, l’homosexualité débridée des personnages donne tout son piquant au film, cependant, le trop n’est pas le mieux. L’humour graveleux et grivois relatif aux backrooms et à la polysémie du mot «queue» prête souvent à sourire mains teinte le film d’une portée revendicatrice malvenue pour un genre si outrageusement comique.

Les Amants Passagers souffre enfin d’un problème de rythme inhérent au style qu’a voulu donner Almodovar. Si les scènes en huis-clos, dans l’avion sont jouissives – notamment la fabuleuse chorégraphie de Blanca Li sur le I’m So Excited des Pointer Sisters – les cassures induites par les retours sur la terre ferme sont frustrantes et laissent une dérangeante impression, presque comme si le réalisateur peinait à tenir une note qu’il s’était imposé.

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Hormis ces quelques désagréments d’ordre purement subjectif, il n’en reste pas moins que le cocktail sex, drugs and disco, loin de nous monter à la tête, saura nous donner l’envie de s’envoyer en l’air encore une fois avec le maestro espagnol. Qu’il fasse cependant attention à ne plus nous resservir le même gaspacho à chaque fois !

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