Enfin. Six mois après sa première projection aux Etats-Unis, Cloud Atlas, arrive enfin sur les toiles françaises. Avec son budget de 102 millions de dollars, l’adaptation du roman Cartographie des nuages, de David Mitchell, se présente comme l’une des productions les plus coûteuses du cinéma indépendant. Et pour cause, le défi est de taille : le roman étant composé de six histoires indépendantes, se passant chacune à des époques différentes, allant de 1849 à 2321.

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Les choses se corsent un peu plus ; les premiers et seconds rôles de ces six histoires, soit un total de plus de 60 personnages, sont interprétés par treize acteurs, qui changent de rôle, de sexe et de couleur de peau à chaque ère. La troupe, parce qu’il s’agit d’une troupe, dans le sens le plus théâtral du terme, est menée par Tom Hanks et Halle Berry, qu’on a enfin le plaisir de retrouver dans des rôles mettant réellement en avant leur talent d’acteurs. Tom Hanks incarne tour à tour un médecin sudiste et raciste, un écrivain mafieux et un homme piégé dans un combat entre ses peurs et son amour, nous rappelant qu’il est tout aussi capable de jouer les nounours gentils que les gros machos à cigares. Le casting est complété par Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Susan Sarandon, Hugh Grant et Ben Whishaw, qui campent tous une ribambelle de personnages bigarrés.

Le film, d’une durée non négligeable de 171 minutes, entremêle les différentes histoires grâce à un montage impressionnant, sautant allègrement des autoroutes futuristes du Néo-Séoul de 2144 aux ruelles de l’Edinburgh des années 30. De par sa complexité, le film nécessite une certaine concentration de la part du spectateur mais aussi, et surtout, une capitulation complète à la logique du film. Pour l’apprécier, Cloud Atlas exige du public qu’il adhère à ses principes : pas de continuité linéaire, pas de réalisme, Cloud Atlas est un conte utilisant les technologies les plus modernes, mais fonctionnant selon les formules et archétypes les plus ancestraux.

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Et c’est là la beauté du film. Pendant près de trois heures, le duo des Wachowski (Lana & Andy, les parents de Matrix) et Tom Tykwer (Cours, Lola, Cours) jouent avec nos émotions, nous faisant basculer du comique au drame, du film historique au film de science fiction, de la romance à l’enquête. Le tout guidé par un seul fil d’Ariane : la mise en scène des opprimés. Esclaves noirs, homosexuels, femmes, personnes âgées ou clones, ces figures guident chaque récit avec pour seul message : “Our lives are not our own. From womb to tomb, we are bound to others, past and present. And by each crime and every kindness, we birth our future.” qu’on peut traduire par “Nos vies ne nous appartiennent pas. Du berceau à la tombe nous sommes liés aux autres, passés et présents. Et par chaque crime et toute bonté, nous façonnons notre futur.”

Idéaliste ? Certainement. Naïf ? Peut-être. Une chose est sûre, Cloud Atlas nous donne matière à réfléchir, nous invitant à méditer sur ces erreurs répétées qui ponctuent notre Histoire et offre, par la même occasion, un grand spectacle, rempli d’action et de poésie. Cloud Atlas est un film à voir, et à re-voir, avec pour seule condition d’y aller sans idées pré-conçues et prêt à s’immerger dans un (des) univers vibrant(s) et coloré(s).

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