Cendrillon, en 2012, c’est un mec sympa ; un peu paumé mais attachant quand même, avec un trou dans sa chaussette. Il bégaie pas mal et – surtout – il est un peu niais. Sandro rencontre Laura, ils s’aiment, se font des bisous dans des placards et vont se fiancer. Marianne (ré)apprend à conduire sa Peugeot bleu canard avec Pierre, lequel devrait bientôt mourir selon les prédictions d’une voyante aux cheveux orange. Le grand méchant loup se tient encore dans l’ombre. Pour l’instant. Avec Au Bout du Conte, le duo Jaoui-Bacri nous entraîne dans un espace-temps à part, un Paris irréel gentiment mièvre. Une sucrerie qui se joue sur le fil du rasoir : d’un côté la tendresse, de l’autre, l’écoeurement.

au-bout-du-conte-7

Une jeune fille, dans sa robe satinée couleur azur, est perdue dans la forêt : on pense à Peau d’Âne. Dans une autre scène, elle est toute de rouge vêtue et fait la rencontre d’un mystérieux type dénommé Wolf ; Sandro se barre à minuit d’une soirée, perdant sa chaussure et la mère de Laura scrute ses ridules dans le miroir. Peut-on faire plus subtil ? Agnès Jaoui reprend les éléments du conte (sans blague) pour tenter, vainement peut-être, de s’en défaire, de tendre vers son usuelle comédie de mœurs. Le fantaisiste en toute simplicité, c’était pourtant chouette, pourquoi repousser les limites du ridicule ?

L’esthétique aux couleurs saturées, les enchaînements de plans façon illustrations et l’overdose de nains de jardin font relativement mal aux yeux, tandis que la grisaille parisienne, le cimetière, le Conservatoire et les routes désertes propices aux carambolages nous épargnent une migraine ophtalmique. Qui a du Doliprane ? La narration, elle, s’essouffle un peu, s’enlisant dans le trop-plein de références, clins d’oeil ostentatoires et parfois superflus. Les réflexions au demeurant intéressantes sur les croyances – destin ou coïncidences ? – et la vieillesse sont noyées dans le magma féerique. Jaoui et Bacri pointent des thèmes cruciaux, sans pour autant parvenir à s’attarder dessus. La fin moralisatrice du conte s’abat sur nous avec la finesse d’un troupeau d’éléphants en cavale. Jaoui perdrait-elle pied ?

345754-au-bout-du-conte-620x0-1-1

Ce qui est certain, c’est que l’actrice-réalisatrice n’a pas peur de l’auto-dérision et campe peut-être son rôle le moins flatteur. Ce n’est pas un reproche, car la bonne fée (bonne poire?) Marianne est, au final, celle qui s’en tire le mieux. La police du style n’approuve en revanche pas le manteau étoilé et – interlude anti-mioches – pourquoi, pourquoi (je me pose réellement la question) ces scènes de répétition avec les enfants ? Son acolyte Jean-Pierre Bacri, caricature de son jeu, n’a pas l’air de trouver sa place dans ce film choral et nous apparaît un peu comme une guest-star aux répliques – touches de cynisme dans une bonbonnière – néanmoins salvatrices. Ce sont les jeunes rôles principaux qui mènent véritablement la danse. Arthur Dupont (Mobile Home) et Agathe Bonitzer (Cherchez Hortense) trouvent la place de s’épanouir dans ce film un brin étriqué. Quant à Benjamin Biolay, il semble avoir les cheveux propres mais peine en revanche à donner vie à un personnage sans saveur et hélas unidimensionnel. Un détournement moins attendu du Wolf au nez proéminent eût été préférable ; s’il y avait un personnage duquel les scénaristes auraient pu s’amuser, c’était bien celui-ci.

AU+BOUT+DU+CONTE+PHOTO5

Cependant, tout n’est pas à jeter dans Au Bout du Conte ; heureusement que les dialogues viennent saupoudrer le film d’un peu de magie ; la verve de Jaoui et Bacri est au rendez-vous et ce n’est ni plus ni moins ce que l’on demandait. Mais dans le genre grand remix des contes de fées, Shrek c’était quand même plus rigolo.

Soyez social, partagez !

Prenez le temps de lire aussi...