Möbius, c’est une histoire d’espionnage financier avec des Américains et des Russes à Monaco. C’est le retour d’Éric Rochant à la réalisation, depuis sa comédie L’École pour tous en 2006. Enfin, c’est porté par un acteur fraîchement oscarisé (oh, fierté nationale). Sur le papier, le film a tout pour plaire ; uniquement sur le papier, malheureusement.

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Le plus léger des problèmes que présente Möbius est, déjà, son budget. Celui-ci, malgré une liste d’entités productrices impressionnante, est clairement insuffisant pour les ambitions d’un film qui n’arrive jamais à décoller. Et c’est particulièrement visible lors des scènes supposées se dérouler hors de Monaco. Moscou, Langley ou Bruxelles nous sont présentées en quelques plans d’ensemble, suivis de scènes d’intérieur où les paysages à travers les fenêtres hurlent l’effet numérique mal réalisé. Nos yeux souffrent.

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Si le film ne péchait que par son manque de budget (relatif, plus de 15 millions d’euros estimés) vis-à-vis des ambitions exprimées, on pourrait encore l’excuser. Seulement voilà, tout semble nous pousser vers une sortie anticipée de la salle. Le jeu d’acteur notamment. Heureusement pour Jean Dujardin, l’Académie ne peut pas lui retirer son Oscar. Et, avec un peu de chance, elle ne verra jamais la performance flasque et dénuée d’âme de celui qu’elle a désigné comme meilleur acteur de l’année 2011. Dans Möbius, Dujardin nous rassure : il est toujours le même, incapable de jouer, il prend des airs ou la pose, c’est selon. Mais contrairement à The Artist, ici, il ne peut se réfugier ni dans le burlesque, ni dans l’expressionnisme outré que demandait un film dans le style du muet. Pour couronner le tout, il joue un Russe, dont le français est – oh surprise – bien meilleur que le russe… À sa décharge, notons qu’il n’est pas aidé par ses comparses. Cécile De France incarne une héroïne qui ne sait que regarder par dessus ses lunettes de soleil d’un air intrigué et haleter dès que “les bras concrets” (sic !) de Dujardin l’effleurent. Même Tim Roth nous offre ici une des prestations les plus molles de sa carrière. Le casting est donc affligeant. Mais le pire est encore à venir.

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Ce qui crée chez le spectateur un désespoir profond, à la limite de la tendance suicidaire irréversible, c’est le scénario. Confus et interminable, il mérite amplement son étiquette de navet à la sauce intello. Puis bonjour les incohérences : le film est centré sur des Russes et des Américains, mais est interprété par des francophones. Ce qui fait que le très russe Jean Dujardin s’adresse à sa secrétaire russe en français (bien sûr !), mais aussi à son supérieur hiérarchique qui, lui, prend la parole en russe. Alors même qu’Hollywood se résigne à éviter de faire parler l’anglais à la terre entière, c’est au tour du cinéma français de considérer, qu’au fond, tout humain est un francophone. Non Eric Rochant ; ce n’est pas une scène “d’action” qui va réveiller le public somnolant devant cette histoire qui, d’abord, ne semble jamais commencer, et, ensuite, refuse de se terminer. Les dialogues sont affligeants, avec, au sommet, les mots doux échangés sur l’oreiller, durant des scènes d’amour interminables : “Que tu as des bras concrets. Des bras d’homme !”, “- Je t’emmène où tu veux. -Dans tes bras.” ou, mieux encore, “Je suis chaude là”. De la poésie vous dis-je ! L’inspiration est clairement hitchcockienne, mais la mise en œuvre n’arrive même pas à la cheville du modèle. Si Hitchcock réussissait à subtilement déjouer la censure pour offrir une vraie sensualité, Rochant nous montre tout et longtemps, trop longtemps. Le charme est rompu. Cerise sur le gâteau, la fin semble vouloir à tout prix valider tous les clichés sur le cinéma français : on parle beaucoup, on couche beaucoup, on fait de longues pauses d’introspection profonde et ténébreuse et, surtout, il y a toujours un personnage plus ou moins gravement malade. Pathétique.

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