À l’occasion de l’ouverture en octobre dernier de l’Étoile Lilas dans le xxème arrondissement de Paris, Sortie d’Usine s’est intéressé à la politique culturelle mise en place par la Mairie à l’horizon 2015. Et il y a du pain sur la planche ! Que ce soit dans le cadre de grands plans de création de nouveaux espaces de vie ou de la protection des salles d’art & d’essais, la carte des cinémas parisiens va être entièrement réorganisée. Quels sont donc les quartiers d’avenir pour nous autres cinéphiles ?

Paris est connu dans le monde entier pour être la ville la plus cinéphile du monde avec plus de 364 écrans pour 83 établissements ; et les parisiens le lui rendent bien avec près de treize entrées par habitant en 2011. Cependant, cette belle histoire n’est pas homogène sur l’ensemble de la capitale. Alors que la rive gauche, et notamment les vème et vième arrondissements fourmillent de cinémas, l’Est et le Nord-Est ont longtemps été oubliés et s’affichent comme de réels déserts cinématographiques ! Face à ce phénomène qui n’a duré que trop longtemps, la Mairie a pris le problème à pied d’œuvre et a systématiquement intégré une salle de cinéma à tous ses projets de rénovation urbaine pour participer à l’attractivité et l’animation sociale et culturelle des quartiers.

Ainsi, c’est dans le cadre des zac (Zone d’Aménagement Concerté) que cinq des plus importants projets ont déjà vu, ou vont voir le jour. L’idée est d’établir des liens nouveaux entre Paris et la proche banlieue par la création de quartiers originaux comme ponts entre les populations. Ces projets passent par la couverture du périphérique, la création d’espaces verts et culturels neufs, notamment des cinémas. Les premiers à être sortis de terre sont des mk2. Tout d’abord, le fameux « Bibliothèque » qui nous régale depuis maintenant plusieurs années. Dans le xixème, au niveau de Stalingrad-Jaurès, le mk2 Quai de Loire a fait suite au mk2 Quai de Seine et aujourd’hui, les deux cinémas se font face et offrent quatorze écrans reliés par la très cocasse navette « Zéro de conduite ». Enfin, l’Étoile Lilas a ouvert en octobre dernier sur la Place du Maquis du Vercors et offre un premier cinéma à un quartier qui n’en possédait aucun. C’est par ailleurs le premier cinéma indépendant qui ouvre à Paris depuis 1996 et la reprise du Cinéma des Cinéastes non loin de la Place de Clichy par l’arp (Société Civile des Auteur, Réalisateurs, et Producteurs). Voilà pour ceux qui ont déjà vu le jour.

Dans la continuité de développement de la zac Bassin de la Villette, un nouveau complexe mk2, cette fois baptisé « Villette » devrait voir le jour l’année prochaine. De plus, toujours dans le xixème, la construction d’un gigantesque complexe ugc dit « Claude Bernard » va également débuter autour de la Halle MacDonald. Le projet est très ambitieux et a été confié à l’architecte du siège de France Télévisions, Jean-Paul Viguier. Quatorze salles sont prévues. Pour finir le développement de cette zone à la bordure Nord-Est de Paris, Gaumont Pathé n’est pas en reste et projette la construction d’un complexe de seize écrans dans la quatrième travée de la Cité des Sciences et de l’Industrie. Enfin, il faut noter que l’ancien mk2 Beaugrenelle va très vite renaître de ses cendres sous la forme d’un Pathé, comme l’actuel multiplexe de la Place d’Italie devrait accueillir sous peu la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Face à ces importants complexes cinématographiques des trois grands exploitants, les salles d’art et d’essai ne sont pas en reste et détiennent même de loin le plus beau projet : la rénovation du Louxor à Barbès-Rochechouart, juste sur la limite entre les xviiième, ixème et xème arrondissements. Construit en 1922, il a longtemps été l’un des lieux les plus cinéphiliques de la capitale jusqu’aux années 1980 où il devient une boîte de nuit.  Il a par la suite été laissé à l’abandon avant d’être racheté en 2003 par la Mairie. Sa rénovation est accompagnée de l’action de l’association Paris-Louxor, créée par les habitants du quartier. Son but est de faire « vivre ensemble le cinéma », c’est à dire de soutenir et renforcer, par l’intermédiaire du cinéma, le dialogue entre les populations et les générations ; chacun peut d’or et déjà y adhérer. Encore une fois, la réouverture du Louxor va marquer la fin d’un désert cinématographique dans la capitale. Son exploitation doit être effectuée dans le cadre d’une délégation de service publique par un exploitant indépendant qui n’a pas encore été choisi. Le projet prévoit trois salles d’art et d’essai de 300, 150 et 80 places. L’ouverture est prévue pour le printemps 2013.

Et ce n’est pas tout, alors que l’on annonçait la fin des salles indépendantes d’art et d’essais avec l’arrivée du numérique, de la vod et du Home Cinéma, elles ont parfaitement pris le pli de la transition numérique en réussissant à se moderniser à temps. Véritable symbole de la spécificité parisienne, elles sont aujourd’hui au nombre de trente-huit dans la capitale et attestent d’un dynamisme inattendu. Comment ne pas citer les rénovations complètes du Saint Germain et du Nouvel Odéon, ou la parfaite réussite du Chaplin (Ancien Saint Lambert), dans le xvème, repris par un jeune exploitant indépendant qui a su relancer un cinéma en perte de vitesse. De plus, l’Arlequin va très vite à son tour subir un lifting et un agrandissement, avec notamment la création d’un centre d’animation.

Que ce soit au niveau des grands complexes ou des petites salles d’art et d’essai, le futur cinématographique de Paris s’annonce donc radieux ! Une étude de la ville annonce quatre-vingt-huit établissements pour 431 écrans en 2015, soit soixante-sept de plus qu’aujourd’hui et un écran pour 6000 habitants. C’est le record mondial. Le point le plus important de ce renouveau cinématographique est non seulement la fin officielle des déserts dans la capitale mais surtout un probable glissement des quartiers cinéphiles. Le xixème arrondissement s’annonce comme un futur centre culturel de la capitale avec ses cinq grands complexes ; sans oublier la migration en 2014 de la Salle Pleyel dans ses nouveaux locaux. Il n’y a pas que le cinéma dans la vie ! Vous savez où il vous reste à déménager !

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A propos de l'auteur

Martin Gondre
Rédacteur