Twixt, le dernier film de Francis Ford Coppola, c’est l’histoire d’un écrivaillon (un sous Stephen King) débarquant dans un bled paumé des Etats-Unis pour y faire la promotion de son dernier thriller. Il sera entraîné malgré lui dans une enquête sur un meurtre mystérieux susceptible de le ramener vers le chemin de la création, à ses risques et périls.

Twixt, le curieux film de Francis Ford Coppola, est, comme son titre l’indique, un « entre-deux » pour le moins singulier, un espace-temps habilement coincé entre la fiction et la réalité, entre le rêve et le cauchemar, le sommeil et l’insomnie, le trivial et la douceur. Mélancolique et intime, il est également une superbe expression des affres et tourments de l’artiste dans le processus de création.

Twixt, le film romantique - c’est à dire frénétique - de Francis Ford Coppola, est un objet qui travaille et qui questionne le beau avec sincérité et sans jamais se prendre au sérieux ; comme en témoigne le jeu d’auto-dérision de Val Kilmer qui à lui seul, révèle toute la dimension tragico-burlesque de cet « inbetween ».

Mais Twixt, c’est aussi et surtout le troisième film du maestro depuis qu’il a tourné le dos à Hollywood. Trois films : il ne nous en fallait pas plus pour revenir sur ce virage indépendant dans la carrière d’un très grand cinéaste.

En avril dernier, Coppola faisait l’honneur de sa présence à une avant-première parisienne de Twixt. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas venu pour faire de la figuration : pendant une heure, on pouvait se régaler à l’entendre fustiger Hollywood, accusée de servir « toujours le même film en boucle » et à clamer son amour pour le cinéma indépendant qui selon lui « incarne ce qu’est le cinéma ». Un cinéma libre face à l’industrie mortifère du remplissage de salle. Face à une « certaine tendance du cinéma américain » le metteur en scène deux fois palmé pose finalement la question, la seule qui vaille : qu’est ce que le cinéma ? Est-il un art ou un divertissement ? Doit-il entretenir cet indicible mystère qui caractérise les œuvres d’art, exprimer des conceptions du monde et savoir faire du beau avec peu de choses ? Ou doit-il « détourner de ce qui préoccupe », si on s’en réfère à l’origine étymologique du « divertissement » ? En un mot matriciel : la pilule rouge ou la pilule bleue ? Pour le maestro – et pour nous – c’est clairement la pilule rouge !

Et Coppola dans tout ça ? L’auteur d’Apocalypse Now et de la trilogie du Parrain a su s’inventer une nouvelle liberté à l’écart des grands studios, en jetant son tablier et en claquant la porte de cette froide industrie. A mille lieues de cette coquille vide, il n’a rien perdu de sa technique (c’est pas au vieux cinéaste qu’on apprend les plans séquences) et ses films n’ont rien perdu de leur force, ont même gagné en audace et en créativité, en témoignent les recherches esthétiques de Tetro et de Twixt. Il a su rompre le mur qui séparait le maestro intimidant du spectateur admiratif : il est devenu un humble artisan, un compagnon de route, ce pote qui a toujours son mot à dire et une histoire à raconter. On en oublie presque qu’on a à faire à un cinéaste hanté, à un vieux coffre chargé de mystères, trop malin pour tout nous dire, mais pas assez réservé pour résister à l’envie de nous chuchoter deux-trois trucs. Voilà donc un écorché vif n’hésitant pas à nous malmener tout en conservant avec nous une agréable proximité. Et on aime ça ! Restant fidèle à ses thèmes de prédilection tels que la famille avec le remarquable Tetro ou les vampires dans ce dernier film, ses oeuvres n’ont jamais été aussi sincères, aussi intimes, aussi charmantes. Et à soixante-douze ans, ce cinéaste là n’a jamais été aussi jeune !

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