Après Mai est le film des premières fois : les personnages y vivent leurs premières manifestations, leurs premières prises de risques, mais aussi leurs premières amours. C’est aussi le film de la première fois pour la plupart des acteurs principaux. Il était donc logique de rencontrer Clément Métayer, qui interprète Gilles, et qui marque ses débuts au cinéma. Il nous livre sa vision du tournage et de la promotion du film, en toute humilité.

Sortie d’Usine : Qui es-tu, Clément Métayer ?
Clément Métayer : Je m’appelle Clément, j’ai 19 ans… En général je suis censé dire que je suis un acteur mais je ne suis pas du tout un acteur !

SDU : Tu es un non-acteur alors ?
C. M. : Voilà, je suis un non-acteur. En tout cas je ne suis pas encore un acteur. Disons que j’ai joué dans un film, et cette année je suis dans une prépa d’art.

SDU : J’imagine qu’on t’a beaucoup parlé des scènes de groupe dans le film, mais il y aussi beaucoup de scènes où tu es seul face à la caméra. Est-ce que cela demandait un travail différent ?
C. M. : Avant de faire ce film, j’avais fait cinq ans de théâtre. Le fait est que, de l’expérience que j’ai, c’est un travail solitaire. Même quand on joue avec quelqu’un, on est seul dans son rôle, dans son obsession de paraître naturel. Donc ça ne changeait pas réellement, de jouer seul ou de jouer en groupe. Mais peut-être que je verrai une différence plus tard.

SDU : C’est Eric Gautier qui a signé l’image du film, il a aussi été le chef-opérateur d’Into The Wild et d’Alain Resnais, entre autres. Comment s’est passée votre collaboration ?
C. M. : Il est très directif, ça faisait d’ailleurs une sorte d’équilibre avec Olivier, dont la démarche est de donner très peu de directives. Lui nous donnait simplement le texte à macérer, avant de le jouer, c’était assez particulier. De l’autre côté, Eric nous donnait des indications de placement. Je les écoutais parler avec Olivier, on sentait qu’il avait une maîtrise absolue de son métier. Ça se voyait non seulement sur le tournage, mais ça s’est confirmé à l’écran : quand j’ai découvert le film, son image était incroyablement belle, la lumière vraiment bien utilisée. Il se sert essentiellement de la lumière naturelle, si bien que sur le tournage on a parfois dû attendre plusieurs heures que le soleil n’arrive.

SDU : Son travail d’adaptation aux décors est remarquable. Notamment dans la scène de manifestation au début du film, qui donne l’impression d’être très spontanée. Pourtant j’imagine qu’elle a demandé un très grand travail en amont.
C. M. : C’était la scène la plus longue à tourner, on a mis une journée et demie, alors que la plupart des scènes étaient tournées assez rapidement. Cette séquence demandait beaucoup de préparation, non seulement à cause des cascadeurs, mais aussi parce que l’angle de la caméra n’était pas libre. C’est à cause du souci historique : comme les rues devaient dater des années 1970, il y avait des angles morts. D’autant plus que ce n’était pas le décor dans lequel on était censé tourner : au départ, on devait tourner place de Clichy, là où la manifestation s’est vraiment déroulée, et on s’est retrouvé dans le xvème arrondissement. Il y a eu du coup beaucoup de tensions pendant cette scène. Mais quand on est comédien, on est protégé par rapport à la réalité des difficultés d’un tournage. Avant de tourner, je me demandais comment on pouvait prendre la grosse tête en étant acteur, pour moi ça avait forcément à voir avec un ego surdimensionné. Mais une fois que j’ai vécu la situation d’être acteur principal d’un film, je comprends mieux, parce qu’on est aux petits soins pour vous toute la journée !

SDU : Et justement, quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?
C. M. : La scène d’intimité avec Carole Combes (qui interprète Laure), où on se déshabille et on s’embrasse. Étant très pudique, me retrouver à embrasser une fille que je ne connais pas devant une équipe relativement inconnue était bizarre ! C’était bien plus compliqué que les scènes de manifestation, sans aucun doute.

SDU : Tu viens d’être pré-sélectionné dans la liste des meilleurs espoirs pour les prochains César. Est-ce que ça te donne une certaine légitimité en tant qu’acteur ?
C. M. : De fait, cette liste crée une génération d’acteurs, comme on a tous la même tranche d’âge. Je crois même que je suis le plus jeune de la liste, avec Lola Créton. Mais bon, la liste est vaste, il y a même des acteurs confirmés comme Matthias Schoenaerts (De Rouille Et d’Os), ça limite mes chances d’arriver parmi les cinq nommés. Mais ça met aussi dans une case, on a l’étiquette “jeune”. C’est comme à l’époque où j’étais au collège, mes amis qui avaient un groupe de musique étaient directement appelés des “bébés rockeurs”, alors qu’ils faisaient juste du rock et qu’ils étaient jeunes. Alors cette liste fait de moi un jeune acteur parce que je suis jeune et que j’ai joué dans un film, mais, encore une fois, je ne me considère pas comme un acteur, du moins pas encore. Il faudra éventuellement que je fasse un deuxième, voire un troisième film. Je pense que c’est à partir du troisième film que ça se concrétise.

SDU : Qui comptes-tu choisir comme parrain (les gens sur la liste doivent choisir un parrain) ?
C. M. : Bonne question… J’ai tout de suite pensé à Olivier Assayas, parce que c’est lui mon parrain dans le cinéma, c’est lui qui m’a fait découvrir ce milieu. Je sais que Lola Créton avait choisi Étienne Daho l’an dernier, mais je t’avoue que je n’ai pas encore pensé à une personne en particulier, parce que la première personne qui me vienne à l’esprit, c’est Olivier. Mais bon, “Premier film avec Olivier Assayas, parrainé par Olivier Assayas”, j’ai peur que ça fasse trop…

Clément Métayer dans "Après Mai"

SDU : Si tu avais carte blanche pour choisir le réalisateur de ton prochain film, qui choisirais-tu ?
C. M. : Gaspar Noé ! J’adore son cinéma. Dans le même genre, il y aussi Romain Gavras, j’ai beaucoup aimé son côté trash gratuit dans Notre Jour Viendra et, dans un autre registre, il y Mia Hansen-Love. J’avais passé le casting pour son prochain film, Eden, ça n’a pas marché parce que je faisais trop jeune. Mais le peu que j’ai vu de sa manière de diriger les acteurs pendant les essais m’a plu.

SDU : À part être acteur, qu’est-ce que tu envisages de faire comme métier ?
C. M. : J’ai fait une prépa d’art un peu par défaut, parce que je dessine depuis longtemps, depuis l’enfance. Mais la réalisation m’intéresse aussi depuis un moment, et j’ai l’impression de tourner autour du pot. Alors je pense que je me réorienterai dans une école de cinéma l’an prochain, comme l’ESRA ou l’École de la Cité de Luc Besson. J’avais tenté le concours l’an dernier, donc je pense que je vais le repasser cette année.

SDU : J’imagine que vous avez du coup beaucoup parlé de cinéma avec Olivier Assayas (qui a aussi écrit des essais sur le cinéma).
C. M. : Oui ; pas forcément pendant le tournage, parce que chacun avait son travail à faire, mais pendant la promotion du film. On a fait une tournée en province pour le présenter en avant-première, du coup on se retrouvait à manger ensemble au restaurant chaque soir, pendant deux semaines. On a eu un débat sur Gaspar Noé justement. Mais Olivier est dans une optique totalement différente, il fait un cinéma très intellectuel, qui raconte une histoire. On est moins dans la souffrance et la violence qu’avec Gaspar Noé !

SDU : Et puisqu’on parle de violence, qu’est-ce que ça fait de se retrouver face à une armée de photographes sur un tapis rouge, pendant le festival de Venise (où Après Mai a remporté le prix du scénario) ?
C. M. : C’est super violent ! (Il me montre une vidéo du photocall qu’il a faite avec son portable, où une cinquantaine de photographes le mitraillent avec leur flash.) C’est drôle parce qu’on n’est resté que deux jours à Venise, mais j’ai l’impression que ça a duré deux semaines tellement c’était intense. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait : on me tirait par le bras en me disant que je devais faire telles interviews, et je me laissais porter. C’est difficile de revenir à la réalité après ! Et puis il y aussi eu le festival de New York, où on a déjeuné avec Robert Pattinson et Michael Pitt…

Mon expérience d’Après Mai s’est faite en deux temps : il y a eu le tournage, avec du texte à apprendre, se confronter à la caméra etc, et puis la promotion, qui dure quasiment autant de temps que le tournage. Les débats à l’occasion des avant-premières étaient vraiment intéressants : il y avait les soixante-huitards qui étaient là, nostalgiques, pour revoir les années 1970, et qui pensaient “la jeunesse c’était mieux avant, les jeunes d’aujourd’hui ne font plus rien à part traîner sur internet”. Et de l’autre côté il y avait les jeunes dans la salle qui leur répondaient, “C’est pas vrai, les jeunes d’aujourd’hui ils font des choses aussi”. Du coup, nous, on n’avait même plus besoin de parler, on les regardait simplement discuter, c’était assez drôle. Et ça donnait un bon portrait des villes dans lesquelles on allait : d’un côté celles où les jeunes s’intéressaient aux années 1970, par exemple Lyon, Bordeaux, et de l’autre, des villes comme Tours, où le public était plus âgé, ça m’a donné une certaine image de la France.

SDU : Est-ce que tu as regardé les films militants que Gilles regarde dans le film ?
C. M. : Pas du tout, parce qu’ils sont franchement barbants ! Le film qui est projeté dans la scène à Florence, (il prend une voix nasillarde) “Parce que les Soviétiques sont…” etc, ça ne me donnait pas envie, en plus je crois qu’il durait deux heures trente. Ce cinéma est devenu archaïque, alors non merci !

SDU : Et partir en Italie et à Londres pour le film, c’était presque comme des vacances non ?
C. M. : C’était génial, on est resté quatre jours à Londres et deux semaines en Italie. Voyager avec des acteurs qui faisaient eux aussi leur premier film était une très belle expérience, parce qu’on découvrait le cinéma ensemble. On avait les mêmes centres d’intérêts, donc on a gardé contact, ils sont devenus des amis. Eux aussi aimeraient continuer à tourner, parce que jouer est une drogue : on est coupé du monde, on a tout de suite envie de recommencer. La fin de tournage est compliquée à gérer, parce qu’on doit retourner à sa vie “normale”. J’ai tourné pendant deux mois et demi sans interruption, à part trois jours où je ne jouais pas. On tombe de haut après, surtout dans mon cas où je passais en Terminale et devais préparer le bac.

SDU : Quel écho as-tu eu depuis que le film est sorti ?
C. M. : Il y a eu trois avant-premières à Paris, où j’ai invité mes amis. C’était vraiment stressant. En général leur retour a été positif. Le fait est que le film parle de politique, ce qui n’intéresse pas tous les jeunes, donc il y a des gens qui ont été plus touchés par le film que d’autres. Et en même temps ça reste très universel, comme ça parle de la jeunesse, parce que la question de ce que l’on va faire plus tard, d’où on va atterrir, n’a pas changé depuis les années 1970. Ça demande un certain regard, plus attentif que quand on regarde un film d’action par exemple. Il faut vouloir se plonger dedans, pas simplement se laisser porter par le film, pour qu’en retour, ça nous pose des questions.

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