4h44 : dernier jour sur Terre, le dernier film d’Abel Ferrara, a été projeté en redite cette semaine et le sera encore la semaine prochaine au Grand Action. L’occasion rêvée de voir cette perle dont on a peu parlé en cette fin d’année 2012. On y suit les dernières heures d’un couple new-yorkais, Willem Dafoe et Shanyn Leigh (la jeune compagne de Ferrara), attendant, dans leur appartement, la fin du monde, prévue à 4h44 heure de New York.

46.-4h44-dernier-jour-sur-terre-4h44-last-day-on-earth-abel-ferrara-2012Encore un film catastrophe, me dites-vous, comme il y en a eu des centaines, tant du côté d’Hollywood (2012 et cie) que du côté du cinéma d’auteur (Melancholia, Le temps du loup…) ? Détrompez-vous : jamais la fin du monde n’a été aussi… banale. En effet, Abel Ferrara ne nous offre pas une version dantesque, avec des milliers de figurants courant et hurlant dans tous les sens, mais plutôt une vision apocalyptique tout à fait intimiste : le film commence dans un appartement, il se finit dans le même appartement (à une sortie près). Il suit ce couple qui semble agir comme s’il s’agissait d’un jour férié comme un autre : ils regardent la télé, elle peint, il danse, ils font l’amour, ils chattent sur Skype… Ce parti pris peut sembler périlleux, mais le grand maître qu’est Ferrara relève le défi avec brio.

Ce titre de maître semble largement mérité ne serait-ce qu’au vu de la mise en scène, qui ne mérite qu’un adjectif : virtuose. Dès l’ouverture du film, Ferrara nous emmène dans des travellings majestueux, des cadrages absolument géniaux, et un montage d’une originalité folle, et tout cela, dans un espace confiné qu’est cet appartement. Et c’est sûrement là qu’on voit le génie d’un réalisateur : quand il filme des scènes intimistes, les petites choses de la vie courante, sans rails, grue ou autre hélicoptère. Ferrara fait durer ses plans, les coupent juste au bon moment, sais poser sa caméra quand il faut la poser : bref, c’est un film époustouflant de maîtrise et d’originalité. Nous retiendrons en particulier la scène d’amour, qui est peut-être la plus belle de l’année (et sûrement une des plus belles que j’ai jamais vue).

4h44-dernier-jour-sur-terre-580x326Ce qui est tout autant fascinant dans ce film, c’est sa capacité à poser des questions avec si peu de choses. Vers quoi se tourner quand on sait que notre heure approche ? Les personnages, mais aussi le réalisateur et le spectateur, se posent cette question tout au long du film. Willem Dafoe (toujours aussi excellent) insulte les politiques, puis se tourne vers le bouddhisme, puis vers sa famille, et aucune de ces alternatives ne semblent lui apporter le réconfort qu’il cherche désespérément. Et il n’est pas le seul à ne pas savoir quoi faire. Certains continuent de travailler, d’autres se dédient à leur occupation favorite (peindre, jouer de la guitare…), et d’autres se suicident… Mais ce qui est tout à fait beau, c’est à quel point le réalisateur lui-même se remet en question, tant par l’écriture que par la mise en scène, et nous propose non pas une réflexion, mais bien de participer, avec lui, à cette réflexion. Aucune réponse n’est donnée : juste une grande interrogation sur la richesse (ou le vide ?) de nos existences ; une vraie interrogation artistique, comme il y avait longtemps qu’on nous en avait pas proposée.

Bref, il s’agit là d’un film de maître, mais avant tout d’un film personnel : plus qu’une proposition, c’est une vraie invitation à une réflexion esthétique et philosophique. Et si l’on est prêt à s’engager dans une telle invitation, la surprise, et surtout la beauté, sont au rendez-vous. Je n’ai donc qu’un conseil à vous donner : précipitez vous au Grand Action !

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