Préparez-vous à ramer matelots ! Parce que pour trouver un quelconque contentement dans ce qui est annoncé comme l’odyssée cinématographique de l’année, par laquelle on peut « croire en l’incroyable », il vous faudra pagayer dans les marais de votre bonté.

life-of-pi2Un romancier en panne d’inspiration part à la rencontre de l’universitaire Pi Patel qui, paraît-il, détient une histoire au-delà du surprenant. La voix-off de Pi nous promène dans le zoo de sa famille à Pondichéry, avant que celle-ci et les bêtes ne sombrent dans le naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué pour le Canada. Tous deux palabrent, alors que, enfoncés dans nos sièges, les premiers picotements dans les jambes témoignent de notre impatience. Premier bémol : c’est long, très long. Trop long. Alors oui, Piscine est un prénom peu commun, mais a-t-on vraiment besoin d’une explication vaseuse de son origine pendant une vingtaine de minutes ? Moussaillons impatients, virez de cap, vous ne trouverez pas ici de quoi vous satisfaire.

En lieu et place d’une œuvre que l’on s’imaginait fantastique, Ang Lee nous propose une succession de plans bigarrés qui ne font pas effet. Le réalisateur taïwanais sait manier les outils numériques à la perfection, donnant presque à l’effet produit par la locomotive des Lumières une nouvelle vie. Les images générées par ordinateur ou encore 3D sont utilisées avec exhibitionnisme comme si l’on nous forçait à y croire. Si les couleurs tout droit sorties du film d’animation peuvent rendre justice à l’exceptionnalité de l’aventure du héros, elles donnent aussi la désagréable sensation d’être sous LSD.

Surtout, le film pêche par sa lenteur. Certes, l’écoulement du temps est un incontournable, un topos des récits de naufrage, mais il ne faudrait pas en rendre l’exacte sensation dans les salles obscures. En même temps que Pi, nos gorges se dessèchent, nos paupières se font lourdes, notre esprit divague et c’est avec soulagement que l’on accueille le générique final. Dans les mains d’Ang Lee, le roman philosophique Life of Pi de Yann Martel devient une ode à l’ennui, et comme un naufragé, on se demande comment sortir de cette salle.

LRA_life_of_pi_14Enfin, le film n’assume pas l’ambiguïté dont il s’est paré. Rationalité et spiritualité entrent dans un combat de surface, dont le naufrage est peut-être l’allégorie. Les personnages secondaires du père et de la mère auraient pu être la charnière de ce duel dont Pi aurait été l’héritier. Hélas, le peu d’attention portée sur leurs caractères ne permet que d’effleurer ce duel. Les philosophies et religions orientales et occidentales, pourtant sous les feux des projecteurs, sont abordées avec maladresse si ce n’est avec ridicule. La morale ontologique inlassablement répétée de « l’homme fait partie d’un tout » est si flagrante que l’on en vomit presque les pop-corns achetés entre deux accès de folie du personnage.

Dommage, Ang Lee nous avait habitué à mieux. Par manque de courage (peut-être), par zèle cinématographico-numérique (certainement), L’Odyssée de Pi devient « l’interminable récit d’un garçon perdu en mer et se nourrissant de champignons hallucinogènes ».

Soyez social, partagez !

Prenez le temps de lire aussi...

A propos de l'auteur

  • Sangoku

    C’est cette critique qui est ennuyeuse. 20 minutes n’étaient visiblement pas assez pour te faire comprendre que “Piscine”, avec la prononciation des gros lards donne “Pissin'”. Tu n’as sûrement pas su apprécier ce film pour ce qu’il vaut. Je doute même de ce passage : “Ang Lee nous avait habitué à mieux”, comme une manière fallacieuse de nous dire “hé moi j’ai vu la filmo d’Ang Lee et c’est totalement différent de ce film!”. C’est faux. On y retrouve la même recette, et avec la même saveur. Je vais m’arrêter là et schématiser mes pensées : arrête la critique ciné, et dirige toi vers la critique du (sc-)pop-corn.

  • Scynh

    Changez de métier.

  • http://caramailissa.tictail.com/ Caramailissa

    On est d’accord quand au premier abord en voyant l’affiche, le film n’attire pas des masses.
    On l’est moins quand j’apprends que ce film laisse indifférent.
    J’ai été surprise de tant aimer ce film… L’univers y est poétique et impitoyable à la fois…
    Je l’ai beaucoup aimé et je ne comprends pas du tout cet article.