Bref. Ce jour là, j’avais un rendez-vous. J’ai essayé une tenue 1, une tenue 2, puis une tenue 3, avant de revenir à la tenue 1. Puis j’y suis allé. A peine arrivé, on m’a dit de m’asseoir et d’attendre quelques minutes qu’on me fasse signe. Ça a été les trente-cinq minutes les plus longues de ma vie. J’avais peur. J’avais chaud. Je tremblais presque. Puis, on m’a fait signe de venir, alors j’y suis allé. On m’a dit «  Reste là deux minutes ». Alors j’ai attendu. Dix minutes. Puis la porte s’est ouverte. C’était Kyan Khojandi. Il m’a regardé. Je l’ai regardé. Il m’a regardé. Je l’ai regardé. J’étais impressionné. Il savait que j’étais impressionné. Je savais qu’il savait que j’étais impressionné. Il m’a regardé, et il a sourit. Il m’a tendu la main et il m’a dit : « C’est bien Arthur ? ». J’ai tendu la main, et essayé de répondre, mais j’ai pas eu le temps, ou j’ai pas réussi, je sais pas. Quoiqu’il en soit, il m’a attrapé par l’épaule, et m’a fait entrer directement dans la salle. Toute l’équipe était là. Sur le grand canapé il y avait Keyvan Khojandi (le frère de Kyan, dans la vrai vie et dans la série), Harry Tordjman (le producteur), Kheiron (« BAISE LAAAAAAAA »), Dédo (le pote à condition particulière), Bruno Muschio (celui qui réalise et écrit avec Kyan), Kyan, Alice David (cette fille), Bérengère Krief (Marla, le plan cul régulier) et Maud (« C’est ma soirée ou c’est pas ma soirée ?! »). Kyan m’a dit : « Mec, détends toi, et assieds toi sur le canapé ». Il souriait. Ils souriaient, tous. Ils continuaient de parler entre eux. Kyan m’a proposé du jus d’orange, deux fois, puis de l’eau, puis des petits gâteaux, puis de l’eau. Puis, quand le cameraman de BFM est parti, Kyan m’a regardé, il m’a présenté tout le monde avant de me dire : « Mec, maintenant, tu nous connais tous mais nous, on te connaît pas. Alors, vas y, présente toi ». Ils étaient tous attentifs, alors je leur ai expliqué. Etudiant, Sciences Po, Sortie d’Usine. Ils avaient l’air intéressé, attentif. Pas blasés de faire une cinquième interview en l’espace d’une heure. C’était cool. Alors j’ai commencé.

Comment est née l’idée de Bref ?

Kyan : Dans l’ennui. Je m’ennuyais beaucoup. J’avais aussi besoin d’argent. (rires). Non, mais c’est vrai que c’est né dans l’ennui. Bref, c’est le concentré de trente ans d’ennui. Quand tu t’ennuies, tu penses à beaucoup de choses, sur toi, ta vie mais aussi à beaucoup de choses qui ne servent à rien. Voilà. On en a coupé tous les moments chiants, on n’a gardé que les moments intéressants et ça a fait Bref.

Et d’où vous est venue l’idée de raconter toutes vos histoires dans un programme court, très dense ? N’était-ce pas un choix contraignant ?

Bruno : À la base, on voulait que ce soit comme si un pote te racontait une histoire. Quand il te raconte l’histoire, il te dit pas : « J’ai pris la ligne 3, puis j’ai pris le changement à Saint-Lazare… » Non. Il en arrive directement aux faits. Et l’idée à la base, c’était que la voix-off à chaque début d’épisode, raconte à travers un flash-back ce qui lui est arrivé, à quelqu’un. Du genre, le pote qui demande : « Alors, ça s’est passé comment la soirée ? », et là : «Bref.». Mais on s’est vite rendu compte que c’était chiant d’avoir toujours cette petite scène, et que c’était répétitif. Donc on a enlevé cette scène d’intro qui ne servait à rien. Mais voilà, à la base, ça devait être quelqu’un qui raconte sa life à quelqu’un d’autre.

Et vis à vis de l’écriture même des personnages, vous vous connaissiez déjà tous ? Vous avez conçu les personnage en fonction des acteurs à qui vous alliez proposer les rôles ?

Kyan : Oui oui, en fait on a pris les gens de notre entourage, mais qui avaient du talent avant tout. Pour l’anecdote, quand on a fait le premier épisode, c’était un court-métrage en fait, et on avait demandé un peu à nos potes de venir. Il y avait Baptiste, Kheiron, Keyvan, mon frère, Maud, la détentrice de la soirée. Ensuite, Alice, c’est une actrice que j’avais déjà repérée dans un casting un an auparavant, je l’avais trouvé brillante. Du coup je l’ai appelée direct. Et Berengère, on a écrit le rôle pour elle. Dédo, Kheiron, tout ça c’est des potes de scènes. Et pour l’anecdote, Kheiron m’a vraiment aidé à choper des meufs donc l’influence était complétement naturelle en fait. (Rires).

Bruno : Ça me fait penser, si tu regardes justement, ceux qui sont dans le premier épisode, du coup, ils ont leur vrai nom. Et ceux qui ne sont pas dans le pilot n’ont pas leur vrai nom. Dédo s’appelle Julien, Berengère s’appelle Marla. Mais Maud s’appelle Maud et Kheiron c’est Kheiron quoi.

Alice : Euh, moi non.

(Réaction commune : Ouais mais toi, t’es « Cette fille » !!) (Rires)

Au final, dès les tous premiers épisodes, ça a fait un buzz incroyable. Vous expliquez dans le documentaire que ça s’est fait grâce au bouche à oreille, même si en réalité, la plupart des gens ont quand même tout de suite accroché sans qu’un ami leur dise: « Tiens, regarde cette nouvelle série, c’est vraiment trop bien ! ». C’était une curiosité personnelle, et il y a eu un effet boule de neige considérable. Comment vous vous l’expliquez, ou du moins, quelles en sont les raisons selon vous ?

Kyan : Là où on a eu de la chance, c’est que Bref a commencé fin 2011. Et Facebook n’avait jamais été autant dans les foyers. Tout le monde a un compte Facebook, même ma mère a un compte Facebook. Donc si tu veux, c’est hyper implanté. Les gens ont une vie Facebook. Ce qui fait que maintenant, quand tu likes quelque chose qui vient de sortir, tout le monde regarde plus ou moins en fait. Avec Bruno et Harry, on a voulu absolument être présent sur internet parce que c’est de là qu’on vient et quand le partage s’est fait, donc c’était via une page Facebook, un compte Twitter. On a essayé de rendre la chose vraiment accessible.

Harry : C’est aussi parce que c’était court, et que du coup, c’était plus facilement partageable en fait.

Berengère : Non, mais je voulais avoir votre avis (elle s’adresse à toute l’équipe). Quand on dit : « Oui, est-ce que vous vous attendiez au succès de la série ? » Je trouve que le fait qu’on soit en famille entre guillemets, et qu’on se connaisse tous, on s’y attendait encore moins en fait. C’est à dire, dans ta carrière, tu fais un casting, t’en fais trois parce que t’as 100.000 personnes qui sont sur le rôle, t’as un réalisateur qui a déjà fait pas mal de trucs. Avec ça, oui, tu espères avoir un minimum de succès. Mais là, c’était un truc un peu pour tout le monde, c’était le début, c’était l’été, c’était super sympa avec les copains, alors voilà.

Kyan : Et pour l’anecdote, Kheiron, toi tu revenais de vacances le 3-4 septembre alors que la diffusion du premier épisode, c’était le 30 Août…

Kheiron : Ouais, en fait, j’avais été jouer mon spectacle en Tunisie. Alors j’avais déjà joué dans le Comedy Club donc j’étais un peu connu mais sans plus. Quand je suis revenu, j’avais plus de huit mille demandes d’amis sur Facebook, et 100.000 notifications. (rires). Au début je pensais que c’était un bug, et après j’ai vu, ah non il y a juste le premier épisode qui venait d’être diffusé. (rires)

Oui, parce qu’effectivement, le succès était présent dès le premier épisode. Vous avez atteint la barre des 100.000 fans en une semaine, et un mois après, ça a grimpé à 1.000.000. C’est monté très vite, tout de suite, mais sans s’arrêter !

Kyan : En fait, je pense que c’est aussi dû au fait qu’on avait des chances de pouvoir faire ce qu’on voulait de A à Z. A aucun moment, un mec est arrivé et nous a dit : « Mettez une moustache. » Non. De A à Z, c’est le projet de Harry, Bruno, et moi.

Même une fois commencé, Canal + ne vous a jamais rien demandé ?

Kyan : Ils nous ont demandé : « Vous voulez en faire plus ? » après les premières diffusions. « Absolument ! » (Rires)

Harry : Non, c’est eux qui étaient vraiment à l’écoute, et n’ont eu aucune remarque. Juste des recommandations liées aux contraintes de la CSA, ou quelques réflexions de bon sens. Rien à voir avec les vannes, l’humour, les personnages, non rien.

Berengère : J’ai été cryptée quand même hein … (cf épisode 10 : « Bref, j’ai un plan cul régulier », où une scène de sexe a été cryptée lors de la diffusion télé)

Kyan : Ouais, c’est ça. C’était un peu en rapport avec le CSA. Mais vu que c’était sur Canal, on s’est dit : « Tiens, on va faire une vanne. On va crypter cette scène en marquant « Bref, il est trop tôt pour ça », et sur le web, ça ne sera pas crypté. »

L’autre principale raison du succès, c’est que la plupart des gens se reconnaissent dans le personnage. Certains ont même qualifié Bref de « série générationnelle ». Que ce soit des personnes plus jeunes ou plus âgées, tous assimilent les problèmes du mec à leurs propres problèmes. Mais au final, est ce que le personnage principal, c’est vraiment toi (Kyan)?

Kyan : C’est Bruno et moi. C’est 50-50.

Bruno : Sauf qu’on n’a pas couché avec une flic. (Rires)

Kyan : Ouais, on n’a pas couché avec une flic. Mais sinon, c’est hybride entre nos expériences. Ouais, c’est un mix de trente ans d’expérience chacun.

Vous avez par la suite pris la décision d’arrêter la série en justifiant cette volonté de ne pas faire la saison de trop. Lorsqu’on voit comment vos fans ont réagi, on se demande comment vous l’avez vécu personnellement?

Kyan : On a mûrement réfléchi à ça. Je t’avoue que ça n’a pas été facile, surtout qu’on avait décidé d’écrire nous-mêmes le texte. On n’était pas passé par nos attachés presse, on ne voulait pas. On voulait nous-mêmes parler à nos fans, pour leurs expliquer notre décision. Donc ouais, quand tu vas le publier, tu réfléchis. T’as la boule au ventre, les larmes aux yeux. Tu te dis je tourne quand même une page de ma vie, et pas la moindre. Mais en même temps, j’en ouvre une autre, remplie de projets, donc voilà.

Mais à quel moment vous vous êtes dit : « Là, c’est fini, il faut qu’on arrête » ?

Kyan : Vers mai ? (Il regarde Bruno qui confirme). Ouais, en mai. On en était à la diffusion du soixantième, on avait déjà tout tourné. On avait quatre-vingt épisodes en boîte (le dernier étant « Bref, j’ai fait une dépression ») et il fallait qu’on refasse une session de tournage pour terminer l’histoire. Et on s’est dit : « Viens, on n’en fait que 2. » On voulait ouvrir la fin, en fait, ne pas rester bloqué. D’ailleurs, le dernier épisode est un hommage à nos fans (épisode joué avec la plupart des acteurs ayant fait des parodies de Bref). On voulait montrer que Bref, ce n’est pas que nous mais c’est aussi vous en fait.

Avec le recul que vous avez maintenant, c’est quoi votre épisode ou votre scène préférée?

Kyan : « Bref, je suis vieille ». Déjà, parce que c’est le premier dans lequel c’est un autre le narrateur. Parce que c’est le premier qui n’est pas comique. Mais aussi, parce que c’était un projet qui nous tenait vraiment à cœur. On y a énormément réfléchi. Alors ça n’a pas était évident à écrire, mais pour moi, c’est l’un des plus émouvants et j’ai été très heureux de le faire.

Bérengère : Quand on a fait les années 90 avec la scène dans Hélène et les Garçons, ça a été des énormes fous rires, d’excellents souvenirs. C’était trop bien. Etant fan, je regrette qu’on n’en ait pas fait plus !

Kyan : C’est vrai que quand on est arrivé sur le plateau de tournage, on était tous émus parce que à notre époque, c’était vraiment la série qu’on ne ratait pas, tu vois.

Je fais partie des gens qui cliquaient sur pause toutes les cinq secondes à la recherche d’images subliminales. Il y a un tumblr (bref3000) rien que sur ça. D’où c’est venu, et quand est-ce que ça a débuté ?

Kyan : Oh, dès le début. Nous, on aime bien les indices cachés. Les Inconnus le faisaient souvent et on est fan. Après, au début, 3000 est sorti comme ça, mais on aime être cohérent et on a gardé ce motif là tout le long. On l’a développé, notamment avec Brico 3000, Energie 3000, etc. Ça fait marque du futur tu sais. Et surtout, pendant le tournage, c’était marrant parce qu’il y avait le premier assistant qui nous regardait et qui nous disait : « Mais pourquoi vous mettez des trucs cachés ? ». Alors ok, c’est pour deux personnes en France, mais nous, ça nous fait marrer.

En parlant d’images subliminales, je reviens rapidement sur vos inspirations ciné que vous n’avez jamais cachées, je pense en l’occurrence à Fight Club mais il y a aussi Snatch, TrainspottingFight Club est le plus visible, entre les images subliminales, la voix-off, même le nom du plan cul régulier (Marla comme Marla Singer). Mais surtout, à la fin, le personnage de Kheiron, qui est une sorte de Tyler Durden pour le personnage. Alors grosse surprise pour tous les fans, personne ne s’y attendait. Quand est-ce que cette idée est apparue, est ce que c’était prévu dès les premiers épisodes ?

Bruno : C’était entre les deux tournages. On a écrit les premiers épisodes sans le savoir. Et puis, on s’est rendu compte que Kheiron, il apparaît à la fenêtre, il apparaît à travers des textos. C’est un peu un double maléfique en fait. Puis en tant que gros fans de Fight Club comme tu l’as dit, on s’est regardé avec Kyan et on s’est dit : « Viens, il existe pas ». Alors on a regardé si c’était réalisable, et ça l’était.

Ça veut dire qu’on peut regarder les premiers épisodes sachant cela sans problème ?

Bruno : Ouais, tout à fait. Ce qu’on a fait par la suite, c’est qu’on a modelé les scénarios.

Kyan : C’est pour ça que pour la deuxième session, il n’apparaît que sur Facebook, ou sur mon portable. Du coup, au contraire, on jouait là dessus. On donnait des petits indices par-ci par-là.

Ah, donc il y avait moyen de comprendre avant le fameux épisode ?

Kyan : Y’avait moyen. Des petits moyens mais des moyens quand même.

Alice : C’est vrai qu’on n’entend jamais sa voix par exemple ouais, ou je me souviens de l’épisode de la soirée déguisée, il reçoit un texto de Kheiron, et dans ma version, je dis qu’il prétend recevoir un texto.

Kheiron : Arthur, écoute, un exemple simple. Il y a un épisode, où est les cinq gars au cinéma, et je disparaist juste avant les autres. Ça dure une micro-seconde, on profite d’une lumière forte pour me faire disparaître et voilà. C’est à l’image de mon personnage en fait.

Vos projets pour le futur ?

Maud : J’ai écrit une pièce de théâtre et je vais la mettre en scène prochainement.

Bérengère : Moi j’ai mon spectacle, et je suis en tournage pour un long métrage qui sort en juin. (une version cinéma de la bande dessinée Joséphine)

Alice : Moi je serai au cinéma en Avril 2013 dans le prochain film de PEF (Pierre-François Martin Laval, qui réalise une version cinéma de la bande dessinée Les Profs, où Alice jouera une prof d’allemand), avec Christian Clavier et François Morel. Et le tournage est déjà terminé depuis mi-septembre.

Dédo : Moi, j’ai toujours mon spectacle, Le Prince des Ténèbres.

Kheiron : Moi aussi, j’ai toujours mon spectacle.

Et un avenir pour Bref ?

Kyan : On planche sur un film. On va essayer, et si ça tient la route alors on sera vraiment super content de le faire. Si ça ne tient pas la route, tant pis, on abandonnera et on restera sur un merveilleux souvenir malgré tout !

Bref, j’ai interviewé l’équipe de Bref.

Le volume 2 de la première saison de Bref est sorti en DVD le 23 Octobre dernier.

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  • Diane

    Excellent article, encore, merci Sortie d’Usine!

  • Lény

    Très sympa, bien écrit, intéressant