Flic déchu, justicier et assassin naïf de proxénètes, mafieux, trafiquants de tous genres… A première vue, le synopsis peut faire peur : désillusionné face à la corruption de son milieu, Tul devient tueur à gages. Mais alors qu’il essaie finalement de se ranger, tous lui mettent des bâtons dans les roues. L’horreur. Mes yeux pleurent tellement c’est vu, revu, archi-revu – c’est à se tirer soi-même une balle dans la tête.

Et pourtant… Retour en 2006 lorsque Pen-Ek Ratanaruang, l’un des cinéastes phares de la « nouvelle vague thaïlandaise », signe Ploy, film sensuel et aérien, tout en ambiguité. Une esthétique façon Sofia Coppola qui le mène jusqu’à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Une réussite. Ce n’est donc pas en traînant des pieds que je vais voir Headshot, mais bouillonnant d’attentes et d’appréhensions. On verra bien ce que ça donne. Car le scénario, aussi plan-plan qu’il soit, comporte un twist dont on espère beaucoup : revenu d’entre les morts après avoir reçu une balle dans le crâne, Tul voit le monde à l’envers.

Qu’on se le dise tout de suite : à ce niveau là, c’est une mini-déception. Les vues subjectives, séquences filmées littéralement upside down sont rares et bien trop courtes pour être réellement déroutantes. On nous décrit la pluie qui monte au ciel (titre du roman de Win Lyovarin dont est adapté Headshot), certes, mais ce n’est pas suffisant : on aurait préféré la voir de nos propres yeux. Cependant, Pen-Ek Ratanaruang insuffle un dynamisme à son huitième long-métrage, alternant avec maîtrise scènes d’action et plans contemplatifs pas chiants. Et si l’idée de base paraît peu originale, le réalisateur s’approprie les codes du film de gangster pour mieux les déjouer, tenant le spectateur en haleine de bout en bout. Il explose conventions, récit, structure, nous laissant reconstruire le puzzle, à la manière du protagoniste. La force de Headshot, c’est en effet sa construction, hasardeuse, véritable dédale temporel ; elle nous perd au fil des flashbacks pour finalement venir tout chambouler dans une ultime scène qui résonne comme une claque.

Un peu thriller existentialiste, le film mêle philosophie bouddhiste et violence moderne, un couple qui fonctionne à merveille. Tous ces retournements de situation, les ironies tragiques, les coïncidences morbides, est-ce l’oeuvre du karma, ou celle d’un marionnettiste planqué ? Portant une attention minutieuse aux détails, mais aussi aux rôles secondaires (notamment féminins – une prostituée, la fille d’un politicien corrompu – plus complexes d’ailleurs que le protagoniste, trop honnête pour le monde dans lequel il vit), le cinéaste joue sur le fil du bateau d’un côté, de la masturbation intellectuelle de l’autre. Equilibriste, va.

Coups de feu, remords, tentative de rédemption. A la sortie de la salle, on se demande si Pen-Ek Ratanaruang n’est pas le Nicolas Winding Refn thaïlandais : le néo-noir dans lequel est ancré Headshot (et parce que le film comporte une référence décalée à Drive) semble indiquer qu’il est sur la bonne voie.

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