Comme chaque année, Arte et Canal + tentent d’innover en proposant des séries françaises ambitieuses. De fait, face aux innombrables fictions familiales et séries policières diffusées sur les trois premières chaînes hertziennes, c’est du côté de la chaîne franco-allemande et de la chaîne cryptée que viennent souvent les bonnes surprises. Malheureusement, les réussites sont souvent de courte durée : citons notamment le cas Platane, qui n’était diffusé que le temps d’une saison (pour le moment). Alors qu’Arte a lancé mi-octobre sa fiction religieuse, l’intrigant Ainsi Soient-Ils, retour sur le pilote de la série événement de Canal +, Les Revenants.

Lancé par une campagne marketing massive, ce nouveau programme fait figure d’ovni. Tout d’abord par l’ambition de son intrigue : le même jour, une petite ville de montagne voit revenir plusieurs personnes ayant disparu des années auparavant. Ce retour à la vie d’individus que l’on croyait morts va bouleverser la vie de leur famille, et plus globalement l’équilibre du village. Canal + a déployé des moyens impressionnants pour permettre à cette série de rivaliser avec le haut du panier de la production américaine. De fait, le casting est composé d’acteurs de cinéma, et non des moindres : Anne Consigny, Clotilde Hesme, Samir Guesmi. La production est assurée par des producteurs de longs-métrages, Haut et Court, qui œuvrent habituellement aux côtés d’Anne Fontaine et Laurent Cantet. Derrière la caméra, deux réalisateurs de cinéma eux aussi, Fabrice Gobert et Frédéric Mermoud, respectivement auteurs des prometteurs Simon Werner A Disparu et Complices. Enfin, énième élément qui montre que le petit écran peut enfin rivaliser avec le grand : le scénario est co-signé par Emmanuel Carrère.

Mais ce qui intrigue surtout dans Les Revenants, c’est cette volonté manifeste d’égaler les séries anglophones. Les dialogues ont été réduits au strict minimum, comme pour éviter le plus possible de rappeler que les personnages parlent en français. Le décor, un village de montagne anonyme, n’a pas réellement d’identité ou d’ancrage géographique (sinon la mention du “soutien de la Région Rhône-Alpes” au générique), et les quelques enseignes sont en anglais (par exemple le bar local, nommé le Lake Pub). L’intrigue, mélange de fait divers et de fantastique, semble tout droit sortie de l’imaginaire de J.J. Abrams, mais adaptée à des moyens français.

C’est donc peu de dire que Les Revenants était une série attendue, en mesure de dynamiter un paysage cathodique un peu morne. Pourtant, le pilote déçoit. La première moitié parvient à susciter notre curiosité, comme tout bon pilote : l’impression de déprime latente dans laquelle sont plongés les habitants du village, ayant subi des drames à répétition, est rendue avec force. La mise en scène sobre renforce le réalisme des situations. C’est dans ce cadre que les morts vont revenir à la vie.

C’est là que la crédibilité de l’ensemble prend un coup. Car l’épisode inaugural des Revenants s’efforce trop scolairement de multiplier les pistes narratives, jusqu’à l’excès. De fait, chaque personnage a ici l’air de cacher une demi-douzaine de secrets, et la fin de l’épisode laisse ouvertes de nombreuses pistes qu’il nous faudra patiemment explorer. Ce surplus de personnages, de mystères artificiels, comme si l’on avait peur d’être à sec au bout de quelques épisodes, a quelque chose de trop clinquant, qui rend l’ensemble fade. Il faudra certainement voir comment évolue la série, mais espérons que Les Revenants ne soit pas qu’un pétard mouillé.

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