Alors que le Blu-ray impose lentement son règne dans les bacs des Fnac de France, la grande enseigne propose des bancs de DVD à un tarif a priori attractif : vingt euros les quatre films. Période de liquidation apocalyptique oblige, la Fnac fixe les règles : l’offre ne vaut qu’à condition de trouver QUATRE films dans une sélection « destockage » éclectique, c’est le moins qu’on puisse dire. Car dans ces étalages gargantuesques s’amoncèlent les Kill Bill qui viennent bousculer des Annie Hall en pagaille, précédant timidement une pile de Citizen Kane désespérément accolée à d’indécents Taken. Le déluge de films de qualités inégales peut rapidement venir à bout des nerfs de l’homo cinephilus à fleur de peau qui s’effondrera, en larmes, entre un Machete et un American Psycho, débutant une nouvelle crise d’épilepsie, avant de se réfugier dans le choix tragique du Blu-Ray du dernier Men In Black à 32,93euros. Pour éviter pareil malheur, Sortie d’Usine a cartographié le terrain, repéré les produits phares de cette offre et mis le doigt sur les perles rares de la sélection…

Evidemment, les classiques fleurissent les présentoirs et l’offre a le mérite de permettre à chacun de les (re)découvrir. L’exemple le plus réjouissant est la présence de l’ensemble de la cinématographie de Stanley Kubrick, du Baiser Du tueur à Eyes Wide Shut, en passant par le troublant Dr. Folamour. Cela permet de visiter tous ces grands moments de l’Histoire du cinéma : Citizen Kane, Vertigo, A Bout de Souffle ou Taxi Driver sont bien trop vastes, trop puissants, trop beaux pour n’être vus qu’une fois et pour ne pas figurer dans une dvd-thèque digne de ce nom. D’autres très bons films, plus récents, figurent dans le florilège des DVD dont l’enseigne veut se débarrasser à tout prix : The Tree Of Life de Terrence Malick, beauté visuelle et sensorielle au service d’une vision du monde à laquelle on adhère ou non, peu d’importance. Tetro, l’envoûtant mélodrame de Francis Ford Coppola, est également de la partie. Racontant l’histoire d’un homme ayant rompu les liens avec sa famille pour s’installer à Buenos Aires, le film s’articule autour d’un fantasme, celui de tuer le père, et d’une thématique récurrente dans l’œuvre du cinéaste, la famille. Sombre (« tetro » en italien), personnel et baroque, ce petit chef d’œuvre est sans doute le meilleur film du maestro depuis sa prise de distance vis à vis d’Hollywood. Banderas vous a agacé dans le Masque de Zorro ? Donnez lui une seconde chance avec le glaçant et clinique La Piel Que Habito d’Almodovar. L’intrigue poignante – un chirurgien hanté travaille sur un cobaye à l’élaboration d’une peau insensible – est servie par mise en scène intimidante, calme, et distante à l’image de ces regards échangés par écrans interposés entre le chirurgien dément et l’être qu’il façonne dans le traumatisme du souvenir.

Toutefois, pas mal de fausses bonnes idées affleurent un peu partout sur les étagères et il est temps de mettre un coup de projecteur sur ces films qui pourraient faire tache entre les trois bijoux que vous avez déjà soigneusement repérés. Exit 127 heures ! L’histoire sans intérêt d’un homme qui se coince le bras droit sous un caillou et se le coupe lâchement pendant 45 minutes, ligament par ligament, est un excellent épisode d’Happy Tree Friends mais un film beaucoup plus dégueulasse que fascinant. A moins de vouloir un nouveau thème de discussion vaseux avec vos amis – tu te serais coupé le bras toi ? – snobez le. Exit Australia ! Le film aux ambitions titanesques, qui devait marquer le grand retour de Nicole Kidman à l’écran, est un spot de pub de 3h pour relancer le tourisme en Australie. Tout sonne faux, le scénario s’égare un peu partout et ne va nulle part, l’actrice sur-joue, insupportable et les personnages ont l’épaisseur d’une feuille de papier carbone. Egalement, n’hésitez pas à sanctionner des films comme la Ligne Verte pour son effervescence de bons sentiments mortifères, mais remplisseurs de salles, Slumdog Millionaire pour son simplisme téléfilmique ou American Gangster de Ridley Scott avec Denzel Washington et Russel Crowe, plutôt pas mal dans le genre « assez moyen ». Le film le plus vendu de la sélection est Taken. Grand bien lui fasse, vous n’en avez pas besoin.

Pour les âmes d’enfants, adorant se délecter d’un bon film d’animation, tous les Miyazaki sont des valeurs sûres, sans exception. Petite tendresse pour un film de Wes Anderson adapté d’un roman de Roald Dahl, Fantastic Mr. Fox, qui raconte la vie d’un renard voleur de poules, reconverti dans le journalisme mais qui, en mal de sensations et en pleine crise existentielle, décide de reprendre du métier.

Ultimes suggestions : La Balade Sauvage, premier film de Terrence Malick, est un délicieux road movie parfois oublié entre un cultissime Pierrot le fou et un extravagant Natural Born Killers. Enfin, un ovni prophétique plane sur cette sélection : Film Socialisme de Jean Luc Godard, sorti en 2010. Le film présente une Europe à la dérive et a été en partie tourné sur le Costa Concordia coulé l’an passé. Godard malmène le spectateur au rythme d’une symphonie en trois mouvements. A regarder bouche bée et les sourcils froncés.

Les quatre films que Sortie d’Usine vous recommande de ne pas manquer sont donc Tetro, de Francis Ford Coppola, La Balade Sauvage de Terence Malick, le dessin animé de Wes Anderson, Fantastic Mr. Fox et le grand retour de Godard, Film Socialisme. Tout ça pour vingt euros. Préparez les plateaux-télé, votre lecteur DVD se réjouit déjà de cette sélection abordable et pointue.

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