Voilà la comédie française du mois – catégorie poids-lourds, j’ai nommé Les Seigneurs. Soit l’histoire cousue de fil blanc de Patrick Orbéra (José Garcia, assez parfait) ancienne gloire du foot français, qui se retrouve contraint, face au risque de privation de la garde de sa fille, de retrouver un emploi stable. L’ex-Champion du monde 98 part donc pour Molène, île Bretonne dépeinte bien au-delà de la limite autorisée des stéréotypes, pour entraîner l’équipe de foot locale. Face à l’amateurisme de cette dernière, il tente de convaincre ses anciens partenaires de l’Équipe de France de le rejoindre et de l’aider à hisser Molène au firmament de la Coupe nationale.

Vous n’aimez pas le football? Ce n’est pas grave, car toute cette histoire n’est évidemment qu’un prétexte pour enchaîner les gags et les one-man shows de ses têtes d’affiche. Et il faut avouer que ça marche (parfois). Car Olivier Dahan a beau tout filmer à vitesse grand V, sa troupe d’acteurs prend un plaisir manifeste et communicatif à jouer les footeux, ce qui assure un certain spectacle. Leur sens de l’autodérision paye : voir JoeyStarr jouer un ex-taulard dont le seul objectif une fois sur le terrain est de faire le tacle parfait vous arrachera forcément un ou deux éclats de rire. De fait, chaque scène semble avoir été écrite uniquement pour mettre en valeur tel ou tel comédien; si bien qu’ils semblent nous dire à chaque instant, presque pour leur défense: oubliez le scénario, ne retenez que nos performances. C’est peu (et dans le genre casting all-stars, on a le droit de préférer le dernier Resnais), mais c’est drôle.

Le film mérite en revanche un carton rouge lorsqu’il a le malheur d’évoquer le monde ouvrier. Comme beaucoup de comédies qui décident de devenir sérieuses à mi-parcours, comme si elles n’assumaient pas de n’être “que” drôles, Les Seigneurs gâche son potentiel comique à trop vouloir verser dans les bons sentiments. La dernière demie-heure accumule ainsi les situations laborieuses pour arriver au bout d’une histoire dont l’issue, des plus prévisibles, n’intéresse plus grand monde. L’idée-prétexte du scénario, à savoir la sauvegarde de la PME en faillite qui fait vivre les habitants de Molène, et pour laquelle les footballeurs doivent gagner la Coupe et donc de l’argent n’a aucune crédibilité et concorde mal avec l’esprit bling-bling du film. Mais Olivier Dahan a au moins la modestie (ou l’honnêteté) de ne pas se prendre pour Ken Loach, et de mettre toute son énergie au service des scènes de pure comédie. Chaque personnage, à mi-chemin entre le modèle réel (N’Dogo, le capitaine d’équipe campé par Omar Sy et directement inspiré par Lilian Thuram) et la caricature (Ziani, le footballeur angoissé joué par Gad Elmaleh), défend son aire de jeu et fait oublier l’indigence de la réalisation. Dopés aux faux raccords et à une bande-son catchy, ces Seigneurs assurent le spectacle pendant la première mi-temps, avant une deuxième partie de jeu moins fair-play. Que fait l’arbitre?

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