Lorsque Paul Greengrass décide d’arrêter l’aventure Bourne, Matt Damon le suit dans sa sortie. Dès lors, se pose une grande (et terrible) question : comment leurs successeurs vont-ils continuer à exploiter une franchise dont l’énergie a tenu en haleine un nombre sans cesse croissant de spectateurs ?

Le film part donc avec un handicap, en témoignent les réactions unanimes d’un bon nombre de spectateurs, partagés entre surprise et rejet. En fin de compte, on peut dire que le naufrage est évité – du moins dans l’absolu. Si l’on écarte en effet les trois opus précédents (ce qui peut sembler absurde), Jason Bourne : L’Héritage se rapproche de ce que le cinéma américain fait de mieux dans le style film d’espionnage énergisé.

Cependant, Tony Gilroy ne parvient pas tout à fait à égaler cette caméra un peu parkinsonienne de Greengrass. Le réalisateur avait dépoussiéré le genre en 2002 en injectant dans sa mise en scène un « effet réalité » novateur dont Martin Campbell s’inspirera quelques années plus tard pour Casino Royale. Mais l’image parfois paresseuse (c’est relatif) de Gilroy reste compensée par le jeu très nerveux d’un Jeremy Renner tout à fait convaincant. Le duo qu’il forme avec l’actrice Rachel Weisz gagne en glamour, ce qui n’est pas franchement déplaisant, puisque l’austérité de leurs prédécesseurs rendait Madame Bourne particulièrement fade et du coup assez peu attachante.

Certaines scènes, d’une très grande maîtrise, sont extrêmement marquantes, comme celle du massacre dans un laboratoire biologique ultra sécurisé, ou celle d’un jeu de cache-cache entre un drone et l’agent Aaron Cross, la séquence pouvant se concevoir comme un recyclage enneigé de la plus célèbre séquence du film d’Hitchcock La Mort Aux Trousses.

Seulement voilà, quand il s’agit d’originalité, le film est aussi inspiré qu’un remake hollywoodien des fleurons de la comédie française, se situant alors tragiquement entre la version US de LOL (Lisa Azuelos) et The Dinner (Jay Roach) – et encore,  je pèse mes titres. On nous ressasse une nouvelle fois la théorie du complot impliquant un Etat omnipotent face à un agent dont les qualités exceptionnelles lui permettront d’échapper à ses poursuivants. Tout cela, bien sûr, à l’issue de nombreuses courses-poursuites (on pourrait parler de running gag, sans mauvais jeu de mots), dont la plus exotique se déroule sur les toits de Manille. Il fallait bien innover, quoi. Heureusement qu’une jeune femme un peu fragile, embarquée malgré elle dans l’aventure, met de côté son impotence pour aider notre héros. Figurez-vous qu’ils tomberont même amoureux.

Mais le film pèche également par son incohérence. On peine à comprendre ce qui le rattache véritablement à la saga, bien que les scénaristes fassent tout leur possible pour justifier l’intrigue. Un peu à la manière d’un mauvais élève qui écoule dans sa copie toutes ses connaissances (et essaie de revenir le plus possible à la question posée),  le nom de Bourne est mentionné à intervalles réguliers pour nous signaler que non, nous ne nous sommes pas trompés de salle. La maladresse de la démarche a tendance à vite agacer. 

Vous l’aurez compris, ce film, on l’a déjà vu au moins trois fois. Et si l’affiche précise « il n’y avait pas qu’un seul agent », on ne peut s’empêcher de penser « il n’y avait pas assez d’argent ». Or ce qui est vrai pour le scenario l’est tout autant pour le film : le gigantisme de la conspiration lui fait perdre toute crédibilité.

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