S’il semble avoir tous les stigmates du film indépendant américain, For Ellen évoque davantage le cinéma européen façon Dardenne/Zonca que l’esprit Sundance. L’histoire est simple : Joby Taylor, ex-chanteur dans un groupe de rock, est en instance de divorce et va perdre la garde de sa fille Ellen.


Il faut reconnaître des qualités au film : on peut notamment saluer la volonté de la réalisatrice So Yong Kim, qui tourne pour la première fois aux États-Unis, de ne pas avoir fait déraper son scénario vers le mélodrame bigger than life en représentant étape après étape le chemin de croix de son personnage principal. Ici, Joby Taylor (joué par Paul Dano, l’ado muet de Little Miss Sunshine) est passé à côté de sa vie, de sa femme et de sa fille pour se consacrer à son groupe de musique, et en assume les conséquences. Il n’essayera pas de devenir un “homme meilleur”. Au contraire, il enchaîne les maladresses et aggrave son cas, comme lorsqu’il doit demander à son avocat de demander à l’avocat de sa femme si elle accepterait de prendre un café avec lui. Les plus beaux moments du film sont justement ces courtes scènes où la réalisatrice tente de nous rapprocher de Joby : on le voit seul chez lui ou dans sa voiture, par exemple  dans ce plan où Joby, en plein délire, danse devant son miroir, casque sur la tête, jusqu’à ce que son casque tombe par terre et que la musique s’arrête. Il se retrouve alors face à son reflet, hagard et honteux, comme un ado attardé.

Mais le problème survient lorsqu’il devient clair que le personnage de Joby est plus libre, plus sauvage que ce que le cinéma de So Yong Kim peut contenir. Le canevas narratif prévu est trop maigre pour donner à Joby un champ d’expression nécessaire. La cinéaste, peut-être par peur, n’ose pas laisser davantage de place à la fantaisie du personnage, et remet son film sur des rails. Dès lors, For Ellen multiplie les scènes convenues et lisses, non dénuées d’intérêt certes, mais que l’on a déjà vu ailleurs, et en mieux. Le film s’enlise lorsqu’il multiplie les métaphores et s’acharne à nous montrer Joby toujours derrière une fenêtre, un habitacle ou une baie vitrée, pour souligner l’idée qu’après avoir été un homme en mouvement, il est désormais condamné à être le spectateur de ce que les autres (son ex-femme, son avocat, et même sa fille) ont décidé de faire de sa vie. Les paysages enneigés et l’atmosphère glaciale ne sont pas non plus les choix de direction artistique les plus subtils que l’on ait pu voir cette année dans le genre décors-états d’âme.


Le film s’étiole lorsqu’il s’attarde sur des non-dits, alors que tant d’éléments intéressants ont arbitrairement été laissés sur la touche – à commencer par la relation amicale qu’il entretient avec son avocat, interprété avec discrétion par Jon Heder. Mais surtout, le film perd de sa force en choisissant d’en dévoiler le moins possible concernant le passé de Joby, notamment dans sa relation avec son ex-femme et son ancien groupe de rock – si bien que le personnage finit par manquer de densité. En l’état, tous les accessoires dont est affublé Paul Dano (lunettes de soleil, bonnet sale, tatouages, vernis noir) masquent mal l’absence de chair d’un film qui ne demandait pourtant qu’à être aimé.

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A propos de l'auteur

Emile Bertherat
Rédacteur